Déconfinement : l'air dans les trains est-il moins pur que dans les avions?

Publié le par M.E.

Le train est-il moins sûr que l'avion? Contrairement aux compagnies aériennes, la SNCF est pour l'instant contrainte de ne vendre qu'un siège sur deux pour respecter les règles de distanciation, alors que selon ses dirigeants le port du masque devrait suffire.

"On a déployé tout un arsenal de mesures qui fait que le train est sûr", a garanti le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou mercredi à l'Assemblée nationale.

"La Suisse, l'Allemagne et en gros les pays du Nord ont fait évoluer leur doctrine sanitaire en disant que dès lors que le port du masque était respecté et que le gel hydroalcoolique était d'accès facile dans les transports, on pouvait admettre une sorte de souplesse par rapport à la distanciation", a-t-il observé.

"En pratique, ça veut dire que tous les sièges peuvent être occupés".

"Pour le moment, la situation sanitaire dans notre pays ne le permet pas", a-t-il poursuivi diplomatiquement. "Mais c'est sûr que c'est un élément important qui nous permettrait, comme ça semble se dessiner dans l'aérien, de revenir à une occupation un peu plus importante de nos trains".

L'affaire est importante pour la SNCF, qui perd de l'argent si ses TGV ne sont qu'à moitié remplis.

Cette organisation du dé-confinement dans les transports "est manifeste d'une différence de traitement entre le train et l'avion", dénonce Agathe Bounfour, responsable transport au Réseau Action Climat (RAC), qui fédère une trentaine d'associations.

Le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari visitant un avion d'Air France le 14 mai 2020 à Roissy (EPA POOL/AFP/Archives - Ian LANGSDON)

La SNCF pâtirait donc d'être en situation de monopole. Le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a expliqué qu'Air France ne saurait renoncer à vendre le siège du milieu si la Lufthansa allemande, par exemple, est autorisée à le faire.

Les TGV sont ventilés en permanence grâce à un système "ultra-puissant" qui permet de filtrer l'air des voitures toutes les trois minutes et de le renouveler intégralement toutes les neuf minutes avec de l'air extérieur, explique-t-on à la SNCF.

- Ventilation verticale -

"Tous les médecins nous disent qu'il n'y a aucun risque de prendre le TGV", a affirmé à l'AFP Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs, pour qui ce système de filtrage "est l'équivalent d'un masque chirurgical".

"Si la prise d'air se fait à l'extérieur, comme sur un TGV par exemple, le risque est quasiment nul", a confirmé sur RMC Daniel Camus, infectiologue à l'Institut Pasteur de Lille.

A bord de tous les autres trains, notamment les Intercités, la ventilation se fait par un apport permanent d'air extérieur, la totalité de l'air intérieur étant renouvelée toutes les six minutes environ.

En outre, relève-t-on à la SNCF, la ventilation -verticale- de l'air se fait de manière indirecte, ce qui empêche la dispersion des postillons d'un voyageur vers un autre.

Dans les avions -Airbus comme Boeing-, l'air présent en cabine provient pour moitié de l'extérieur et le reste est prélevé dans l'air en cabine et recyclé en passant par des filtres capables d'arrêter 99,97% des particules, y compris des virus de la taille du coronavirus. Cette gamme de filtres est également utilisée en salle blanche ou dans les blocs opératoires des hôpitaux.

"Pour justement éviter les circulations longitudinales ou latérales de l'air, il est attrapé par en bas, va vers les filtres, il est filtré et mixé avec l'air extérieur et revient par le haut. L'air circule dans l'avion du haut vers le bas. Le passager du rang 1 ne va pas contaminer celui du rang 20", explique une source industrielle.

Le renouvellement intégral de l'air d'une cabine prend 1 minute 30 pour un moyen-courrier à 4 minutes pour un A380.

Quand on pense à un avion, "on a l'image d'un tube métallique fermé où on se promène très haut et où c'est probablement le pire des endroits pour se faire contaminer. La réalité, c'est que c'est exactement le contraire", résume la source industrielle, pour qui "ce n'est pas tant l'avion qui est vecteur de contamination que la question de savoir si les gens qui prennent l'avion et vont d'un pays à un autre ont éventuellement été contaminés".

En ce qui concerne le domaine ferroviaire, on ne peut que noter un quasi-désintérêt des pays occidentaux et de leurs compagnies ferroviaires pour la qualité de l'air intérieur que respirent les voyageurs dans les trajets interurbains souvent à grande vitesse et pour des trajets pouvant être de l'ordre de quelques heures à une journée. Cela pose aussi des questions concernant l'intérêt que l'on porte à la santé au travail des personnels roulants !

Seuls les chercheurs du Korea Railroad Research Institute [1], [2] se sont penchés sur l'exposition aux différents polluants de l'air dont le dioxyde de carbone.  Ils ont montré que les concentrations en CO2 grimpaient à des valeurs élevées sur des trajets de durée de 3 heures au sein de trains rapides (KTX). Ces valeurs sont très souvent au-delà des 1 500 ppm et avec des pics jusqu'à 2 400 – 2 800 ppm.

Au-delà de la toxicité intrinsèque du dioxyde de carbone, ces chiffres montrent bien l'insuffisant renouvellement de l'air dans ces trains et donc l'exposition des voyageurs à un nombre très conséquent de composés organiques volatils bien au-delà du souhaitable.

Personnellement, j'ai pu vérifier, en septembre 2019, que les valeurs élevées constatées par les chercheurs coréens se retrouvaient dans les voitures des TGV de la SNCF avec de 1 500 à 1 600 ppm de concentration moyenne en CO2 sur 2 trajets aller et retour entre Lille et Paris. Ces chiffres vont bien au-delà des recommandations de 600 ppm. Ils posent question pour le personnel à bord des trains comme pour les voyageurs exposés à ces valeurs sur des voyages de longue durée. D'après les déclarations des contrôleurs interrogés, il ne semble pas que le débit d'air de renouvellement soit réglé en fonction du taux d'occupation des rames du TGV, car il est évident que la production humaine de dioxyde de carbone comme de charge virale potentiellement émise par la respiration change considérablement entre un train rempli au tiers et un train bondé au maximum.

[1] Analysis of Indoor Air Quality and Development of New Air Cleaner for Railroad Passenger Cabin, Korea Railroad Research Institute, May2008.

[2] Analysis of Indoor Air Quality in  High-Speed Train Passenger Cabin in Korea, Korea Railroad Research Institute, March 2008

M.E.