Même en cas de symptômes légers, le COVID-19 laisse des séquelles internes

Publié le par Sciences & Avenir via M.E.

Toutes les personnes infectées par le SARS-CoV-2 ne développent pas des symptômes graves du COVID-19. Cela signifie-t-il pour autant que la maladie est bénigne ?

Des chercheurs allemands démontrent que même en cas de COVID-19 léger ou modéré, les fonctions du cœur, des reins, des poumons et des vaisseaux sanguins sont affectées de manière mineure mais non négligeable chez les plus de 45 ans. Un suivi est donc recommandé après l'infection.

Source : Nathan Laine / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Paris, France, le 15 Avril 2020 : Service de soins intensifs COVID-19 de la clinique Ambroise Paré. Un radiologue examine une radio des poumons d'un patient en unité COVID.

Comme le montre actuellement le variant Omicron, la plupart des personnes infectées par le coronavirus SARS-CoV-2 présentent des symptômes légers ne nécessitant aucune hospitalisation. On sait pourtant que le virus est capable d’affecter, dans les cas les plus sévères, un certain nombre d’organes internes : les poumons, le cœur, les reins, le cerveau, les vaisseaux sanguins. C’est pourquoi une équipe de chercheurs de l’hôpital universitaire de Hambourg-Eppendorf (UKE), en Allemagne, a cherché à savoir si une évolution légère à modérée de l’infection avait également un effet sur les fonctions de ces mêmes organes et sur la qualité de vie des patients. Tout juste publiés dans la revue European Heart Journal, les résultats de leur étude apportent une réponse importante à cet aspect encore inconnu de la pandémie.

 
443 participants âgés de 45 à 74 ans

Cette étude transversale sur d’éventuelles séquelles internes du COVID-19 lorsqu’il ne donne lieu qu’à des symptômes légers ou modérés est venue s’inscrire dans le cadre beaucoup plus vaste du Hamburg City Health Study (HCHS), la plus grande étude de santé locale au monde, qui prévoit d’examiner sur le long terme 45 000 Hambourgeois âgés de 45 à 74 ans dans le but d’identifier les facteurs de risque des maladies chroniques les plus courantes (infarctus du myocarde, AVC, démence, insuffisance cardiaque, etc.). Initiée en 2016, elle détient déjà les données de 15 000 participants, parmi lesquels ont été sélectionnées 443 personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2 sans évolution grave, ainsi qu’une cohorte témoin composée de 1 328 personnes d’âge, de sexe et de niveau d’éducation similaires, dont les examens avaient été réalisés avant la pandémie de coronavirus. Les participants ont été déclarés positifs au coronavirus entre mars et fin décembre 2020 et ont respecté un délai minimal de 4 mois avant de pouvoir s’inscrire à l’étude organisée par le Centre d'études épidémiologiques de l'UKE. La grande majorité d’entre eux (93 %) a été traitée en ambulatoire, conformément à la définition du COVID-19 léger ou modéré qui implique l'absence d'hospitalisation en soins intensifs.

Des signes de lésions sur plusieurs organes

Les multiples examens, réalisés au sein d'une dizaine de services de l'hôpital 10 mois en moyenne après l’infection, ont permis de mettre en évidence des signes de lésions à moyen terme sur presque tous les organes. Les chercheurs ont ainsi constaté :

  • Poumons : réduction d’environ 3% du volume pulmonaire et légère augmentation de la résistance des voies respiratoires.
  • Cœur : diminution moyenne de la force de pompage de 1 à 2% ; augmentation de 14% du taux de troponine, une protéine qui sert à réguler la contraction cardiaque, et de 41% du peptide natriurétique NT-proBNP, dont l'élévation peut être le signe d'une insuffisance cardiaque ou d'autres pathologies.
  • Reins : diminution de la fonction rénale d’environ 2%.
  • Système cardiovasculaire : signes d’antécédents de thrombose veineuse deux à trois fois plus fréquents que dans le groupe témoin.
  • Cerveau : aucune détérioration n’a été observée dans la structure ni dans les performances cognitives.
  • Qualité de vie (dépression, anxiété, symptômes somatiques) : aucune différence significative entre le groupe de patients Covid et le groupe témoin.
Des dommages mineurs mais non négligeables

Les chercheurs en concluent qu’une infection légère ou modérée par le SARS-CoV-2 entraîne, chez des sujets qui semblent en apparence rétablis, des dommages qu’ils qualifient de "mineurs", mais qui sont loin d’être négligeables. Comme l’explique le cardiologue Raphael Twerenbold, directeur scientifique du Centre d’études épidémiologiques, lors d'une conférence de presse, "une diminution ne serait-ce que de 1% de la capacité de pompage du cœur peut être associée à long terme à un pronostic légèrement moins bon ainsi qu'à un risque accru d'insuffisance cardiaque, dès lors qu'une normalisation complète ne se manifeste pas par la suite". C’est pourquoi il recommande un suivi systématique de la fonction cardiaque après une infection, qui peut par exemple être effectué dans le cadre de la visite médicale annuelle. Pour ce qui est des poumons, un examen n’est conseillé qu’en cas de symptômes, mais au moindre soupçon, une évaluation de la fonction pulmonaire devrait être réalisée.

Envisager une maladie rénale

De la même façon, l'étude souligne qu'une détérioration même légère de la fonction rénale peut s’amplifier à long terme. D’autant que plusieurs études se basant sur des résultats d'autopsie ont démontré que le SARS-CoV-2 était associé à des anomalies urinaires pouvant entraîner une défaillance multiviscérale, et éventuellement le décès. Les chercheurs envisagent ainsi que les lésions rénales observées puissent représenter un stade précoce d’une maladie rénale chronique. Ils préconisent donc une évaluation de la fonction rénale dans les six à neuf mois suivant une infection.

Pour un dépistage précoce de la thrombose veineuse

Plus important, écrivent les chercheurs, "les présentes conclusions prolongent les preuves, de plus en plus nombreuses, d’une association entre Covid-19 et thromboembolie veineuse", puisque des thromboses veineuses profondes sont également détectables auprès de la cohorte des malades n'ayant développé que des symptômes légers ou modérés. Il est alors envisageable que les thromboses découvertes au cours des examens, soit 10 mois en moyenne après l’infection, se soient en réalité produites au cours de la maladie. Les chercheurs recommandent donc, en cas de suspicion, de procéder à un dépistage actif de la thrombose veineuse profonde dès le début de l’infection.

Aucun symptôme cérébral

D'après les examens réalisés au cours de cette étude, le cerveau est le seul organe ne présentant aucune lésion. À leur grand étonnement, les chercheurs ont en effet constaté qu'aucun des symptômes observés chez les patients gravement malades du COVID-19 n'était observable dans leur cohorte de patients légers, alors que le COVID-19 sévère peut occasionner des lésions de la substance blanche, des micro-hémorragies, une atrophie cérébrale globale, une réduction locale de l’épaisseur de la matière grise, de même qu'une altération persistante de la fonction cognitive. Ce qui laisserait supposer que la présence de lésions cérébrales vasculaires pourrait être spécifique à l'évolution grave de COVID-19.

Un biais de sélection ?

Les participants ont également répondu à divers questionnaires afin d'évaluer leur qualité de vie, mais aucune différence significative par rapport au groupe témoin n’a été observée, même si des symptômes plus aigus de dépression et d’anxiété ont été détectés dans le sous-groupe des sujets ayant développé un COVID modéré. Pour expliquer cette nouvelle différence avec les patients atteints de COVID-19 sévère, qui après un séjour en soins intensifs sont souvent porteurs de séquelles psychosociales, les chercheurs envisagent un biais de sélection, car les sujets de leur étude se sont portés volontaires pour ces examens. Leur motivation pourrait avoir entraîné de meilleures performances aux tests cognitifs et aux questionnaires interrogeant leur qualité de vie.

Un suivi est recommandé même en cas de COVID léger

Les résultats obtenus au terme de cette étude représentent une nouvelle étape dans la compréhension du COVID-19, en particulier lorsqu’il se manifeste par des symptômes en apparence bénins, comme c’est le cas actuellement avec le variant Omicron. Sans avoir à s’inquiéter outre mesure, les chercheurs recommandent pour les plus de 45 ans un suivi post-COVID, même en cas de symptômes légers ou modérés, afin de détecter à un stade précoce des lésions des fonctions organiques qui pourraient passer inaperçues. Par ailleurs, cette étude étant limitée aux personnes âgées de 45 à 74 ans, on ne connaît toujours pas les conséquences d’une évolution légère ou modérée de COVID-19 chez les enfants, les adolescents et les adultes de moins de 45 ans.

Source : https://www.sciencesetavenir.fr/sante/meme-en-cas-de-symptomes-legers-le-covid-19-laisse-des-sequelles-internes_160630