La prévention est la clé de la réforme de la santé, selon Olivier Babeau (Tribune)

Publié le par Les Echos via M.E.

La maladie la mieux soignée reste celle qui n'apparaît pas parce qu'on aura évité de créer les conditions de son apparition. Pour y parvenir, la prévention est le meilleur allié de notre système de santé. Pourtant, elle est encore embryonnaire en France, regrette Olivier Babeau.

La santé est comme le bonheur : on en mesure l'importance quand on la perd. La pandémie a remis notre système de santé au premier rang des préoccupations. Il faut non seulement en tirer les leçons, mais aussi remédier à des faiblesses que la crise a aggravées. Les réflexions de « grande Sécu » proposées par le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie sont lancées. Si tout le monde sait qu'il faut profondément réformer notre santé, l'idée de vouloir supprimer les complémentaires est plus qu'inopportune : il serait intéressant de leur donner au contraire plus de place, notamment pour développer la prévention.

« Notre médecine a deux défauts : elle repose trop sur une approche curative et accorde une place disproportionnée aux médicaments. » (GARO/Phanie via AFP)
Santé connectée

Notre médecine a deux défauts qui sont liés : elle repose trop sur une approche curative au détriment d'une approche préventive, et par voie de conséquence accorde une place disproportionnée aux médicaments dans l'approche thérapeutique. Notre système de santé peut se féliciter d'être le pays de l'OCDE où le « reste à charge » (l'argent déboursé par le patient) est le plus faible et où le taux de couverture de la population est très élevé. Mais il pèche par son faible investissement en faveur de la prévention et par d'importantes inégalités territoriales dans l'accès aux soins. Le second point peut se trouver en partie traité par le développement d'innovation telles que la téléconsultation et la santé connectée. Quant à la prévention, elle est une source immense d'amélioration de la santé publique.

La construction multifactorielle de la santé humaine. Schéma M.E.

En effet, la maladie la mieux soignée reste celle qui n'apparaît pas parce qu'on aura évité de créer les conditions de son apparition. La prévention a des effets sur le bien-être et donc sur l'économie : elle réduit les arrêts de travail, allonge la durée de vie en bonne santé, permet la détection très précoce de maladies graves ainsi mieux traitées, etc. Lutter contre la sédentarité, améliorer la prophylaxie, réduire tabagisme et alcoolisme, prendre en compte les risques spécifiques des individus : autant de voies pour mieux prévenir les maladies. Tout ça, les complémentaires santé savent le faire, bien mieux que le secteur public : elles sont à l'avant-garde de la médecine des « 4P » dont on parle d'autant plus qu'on en est aujourd'hui très éloignés : une médecine prédictive, préventive, personnalisée et participative.

Connaissance des patients

Par ailleurs, les complémentaires collectives, qui assurent les salariés en entreprise, ont fait de la santé au travail leur priorité, dans le cadre d'actions menées en lien avec les branches professionnelles. Mieux encore, elles se sont engagées dans une révolution de l'usage des données de santé. Alors plutôt que de chercher à réduire le rôle des complémentaires santé, encourageons-les à renforcer la prévention grâce à leur connaissance des patients et leur réactivité (aujourd'hui, les dépenses de prévention sont comptées parmi les frais de gestion !).

Le défi de notre système est d'encourager l'innovation, l'introduction de nouvelles technologies, le développement de la prévention, l'orientation vers l'efficacité au service du patient, le tout dans un cadre financièrement soutenable. Se priver de l'apport du privé, qui a démontré son efficacité, et ne compter que sur le service public, est un pari risqué. Tel est le cadre du débat qu'il faudra avoir durant la campagne présidentielle lors du premier trimestre 2022.

L'auteur : Olivier Babeau,  est un professeur agrégé des Universités à l'Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste. Après une carrière dans l'enseignement supérieur et en politique, il a été directeur des études et porte-parole de la Fondation Concorde jusqu’en 2017. Il préside depuis 2017 l’Institut Sapiens, dont il est le cofondateur.

Source : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-la-prevention-est-la-cle-de-la-reforme-de-la-sante-1372299

A lire aussi notre dossier "Médecine et santé intégrative": https://www.vigieecolo.fr/2020/08/dossier-medecine-integrative.html