Regards sur la région Hauts-de-France : situation, enjeux et défis (partie 1)

Publié le par M.E.

Quelques données générales sur la région Hauts-de-France

La nouvelle région Hauts-de-France est le résultat de la fusion des 2 régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie. La région Nord-Pas-de-Calais regroupait les anciennes provinces de l'Artois et de la Flandre et la partie côtière de la Picardie. Sa densité de population est très proche des pays voisins tous ayant fait partie des Provinces Unies.

La Picardie regroupait trois départements Aisne, Oise et Somme.

La région Hauts-de-France a connu deux influences linguistiques majeures avant sa francisation. Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ont connu une influence germanique (le bas-allemand devenant le flamand et le néerlandais) et les autres départements ont pratiqué la langue picarde qui s'est répandue ultérieurement dans tout le territoire régional avant d'être quasi remplacée par la langue française officielle.

Evolution de la pratique du Bas-Allemand
L'influence du Picard jusqu'à la Wallonie

 

Quelques repères démographiques et géographiques :

Entité

Population (M hab)

Superficie (km2)

Densité (hab/km2)

Hauts-de-France

6,0

31 800

189

Dont Nord

2,6

5 700

453

Dont Pas-de-Calais

1,5

6 700

220

Dont Aisne

0,5

7 400

73

Dont Oise

0,8

5 900

141

Dont Somme

0,6

6 200

93

 

A titre comparatif les régions belges voisines :

Entité

Population (M hab)

Superficie (km2)

Densité (hab/km2)

Flandre

6,6

13 600

490

Wallonie

3,6

16 800

215

On constate donc une énorme disparité de densité population entre les départements de la région Hauts-de-France puis que celle-ci va de 1 (Aisne) à 6 (Nord). Il est intéressant de remarquer que le Nord et la Flandre (Vlaanderen) partage des densités très proches à l'instar du Pas-de-Calais et de la Wallonie.

Mais la comparaison ne s'arrête pas là, puisque on trouve d'autres similitudes :

Caractéristiques

Nord / Flandre

Pas-de-Calais / Wallonie

Passé industriel

Récent et diversifié

Bassin minier et sidérurgique

Densité de population

Très forte

Moyenne

Morphologie

Pays plat

Pays vallonné

Langue régionale

Flamand

Picard

Métropoles

Lille, Anvers, Gand, Bruges

Arras, Amiens, Liège, Charleroi

Tendance politique

Centre droit

Social-démocrate

Regardons maintenant les taux de chômage en juin 2020 :

Vlaanderen (Flandre) : 6,3 %, Nord : 10,0%, Pas-de-Calais : 9,4%, Wallonie : 13,0%

Comparaison entre les 3 régions frontalières

Caractéristiques

Flandre

Hauts-de-France

Wallonie

Superficie

13 600

31 800

16 800

Population

6,6 M

6,0 M

3,6 M

Densité

490

189

215

 PIB (2018)

267 M$

153 M$

104 M$

PIB /hab (2018)

40 500

25 500

28 900

Départements

5

5

5

Communes

300

3 838

262

Budget régional

44 000 M€

3 100 M€

27 000 M€

Députés régionaux

124

170

75

Ministres régionaux

9

-

8

Etudiants

240 000

234 000

160 000

Dont Hautes écoles IUT/BTS

113 000

12 000

46 000

Espérance de vie

82,7

79,5

80,3

1. Le cercle vicieux de la faible attractivité : une analyse systémique

L'attractivité d'un territoire comme une région peut être déclinée en plusieurs composantes en fonction des populations visées :

  • Investisseurs et entreprises françaises et étrangères.
  • Salariés : cadres, professions intermédiaires et employés et ouvriers.
  • Services de l'Etat et les grands institutions et établissements publics.

Les facteurs d'attractivité peuvent être communs à plusieurs cibles ou populations visées et d'autres être différents. Quelques facteurs d'attractivité bien identifiés :

  • La qualité de l'environnement naturel et urbain
  • La qualité des infrastructures et des grands équipements publics
  • La qualification des ressources humaines : technique, linguistique, communication
  • Etablissements scolaires et d'enseignement supérieur de niveau élevé
  • Offre culturelle riche, convivialité et qualité de vie
  • Dispositifs d'accompagnement des entreprises
  • Politique de communication et de promotion de la région

C'est ainsi que lorsque l'attractivité est faible, celle-ci n'est pas susceptible d'attirer suffisamment les investisseurs, les diplômés, une fois le diplôme en poche, quittent la région, les entreprises ne trouvent pas suffisamment les personnes qualifiées requises, les recettes fiscales diminuent et cela diminue les moyens d'action de la région. Les entreprises n'arrivent pas à se développer suffisamment, elles ont moins les moyens de recruter des personnes qualifiées supplémentaires et, de fil en aiguille, l'attractivité du territoire décroit.

2. Le nom choisi pour la nouvelle région, un handicap de plus

Nous avons rappelé la double origine historique, culturelle et patrimoniale de la nouvelle région issue de la fusion des deux régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie.

Parce que le nom d’une région est à la fois un élément de la communication aussi bien pour la promotion de la région pour des investisseurs que pour inciter des touristes à venir dans notre région. C’est en quelque sorte la proue du bateau ce qui se voit, ce qui se remarque en premier !

Ce nom est tel un blason ou un drapeau qui nous relie à notre histoire, nos traditions, nos différents savoir-faire, nos valeurs, et notre culture spécifique.

En d’autres termes le nom d’une région peut être un vrai facteur d’attractivité ou au contraire être facteur de répulsion. Les questions à se poser sont donc :

Comment voulons-nous être perçus ?

Comment voulons-nous transmettre par ce nom notre nouveau dynamisme ?

Un mauvais nom peut contribuer à perpétuer une réputation que l’on cherche à modifier. Un mauvais nom peut donc être contre-productif pour des investisseurs potentiels, pour des personnes candidates à l’installation dans la région, ou encore pour la perception de notre région à l’international ou par les décideurs des administrations centrales souvent sises à Paris.

Rappelons les enjeux et impacts d'une appellation :

  • Faire partager une fierté régionale et donner un sentiment fort d'appartenance,
  • Donner une image positive en France et à l'international,
  • Rendre la région attractive pour les investisseurs et les potentiels nouveaux habitants,
  • Assurer une continuité historique et culturelle, en n'oubliant pas tous les descendants d'anciens combattants du monde entier pour qui les noms "Flandre", "Picardie", "Artois" résonnent très forts, ni la gastronomie, la peinture et la musique, le patrimoine linguistique : le picard et le flamand, etc.
  • Faciliter le repérage géographique de la nouvelle région sur une carte française ou européenne. Nos voisins s'appellent la Flandre (belge), la Wallonie picarde, par exemple.

En conclusion, le choix de l'appellation "Hauts-de-France" est absurde sur le plan sémantique puisque cette région est un "pays plat". Cette décision constitue, en outre,  une vraie négation de l'histoire, de la culture, du patrimoine de la nouvelle région. Elle fait table rase de l'identité des habitants de la région et ne procure à ceux-ci aucune fierté. Souffrant d'avoir été souvent dénigrés, les habitants ont pourtant besoin d'être mieux valorisés.

Il eut été préférable d'appeler la nouvelle région "Flandre-Picardie" ou "Flandre-Artois-Picardie" et cela aurait répondu à tous les critères précédemment énoncés. Un nom composé certes mais non isolé en Europe : Nord Rhein-Wesfalien, Schleswig-Holstein, Rheinland-Pfalz, Frioul-Vénétie Julienne, Trentin-Haut-Adige, Cujavie-Poméranie, Varmie-Mazurie, etc.

Pendant de nombreuses années le guide Vert Michelin avait pour intitulé « Flandres-Artois-Picardie » jusqu’en 2004. De nombreux livres d’histoire régionale ou d’introduction à la région ont eu encore récemment comme sous-titre Flandres-Artois-Picardie.

On trouve aussi des directions régionales d’entreprise comportant le vocable « Flandres-Artois-Picardie » ; il existe la région ornithologique Flandres-Artois-Picardie au sein de l’Union Ornithologique de France. Il existe aussi des entreprises ou organismes avec ce vocable intégré.

Le syndicat Interrégional Finances Flandres-Artois-Picardie existait très récemment avant la fusion des régions.

En conclusion, le souci souvent exprimé de ne pas avoir un nom complètement nouveau est satisfait, car il existe bien des antécédents dans la mémoire collective régionale.

Quelques illustrations convaincantes :

A suivre.

M.E.