Pollution de l'air dans la métropole lilloise : l'inaction des élus et des autorités de l'Etat a trop duré

Publié le par M.E.

Préambule : La métropole lilloise est considérée comme la 2ème ville la plus polluée de France pour les concentrations en particules fines PM2,5 avant Marseille, Strasbourg, Montpellier, Villeurbanne et Metz. C'est pourquoi, nous considérons que ce que nous montrons peut largement être transposé à d'autres métropoles françaises. Néanmoins, nous constatons que des grandes villes bougent pour lutter contre ce drame sanitaire : Paris, Grenoble, Lyon, Bordeaux ..., Bruxelles, Gand, ... et bien d'autres villes européennes, mais la métropole lilloise non !

Ci-après 10 points-clés de nos constats basés sur des données d'ATMO Hauts-de-France, mais aussi sur nos propres mesures de qualité de l'air et sur l'analyse approfondie de nombreux documents de planification et de rapports officiels. M.E.

1. La qualité de l'air dans la métropole lilloise ne s'améliore pas d'année en année contrairement aux affirmations des élus métropolitains. Si on compte les journées où la qualité de l'air est non-conforme aux recommandations de 2005 de l'OMS pour les particles fines PM2,5, il s'agit au contraire d'une détérioration : 2014 : 198 jours - 2015 : 197 jours - 2016 : 216 jours - 2017 : 223 jours ! On constate des épisodes de pollution très longs : janvier à février 2017 : 52 jours, avril à juin 2018 : 46 jours par exemple !

2. Les "normes de qualité de l'air" ou "seuils légaux" en vigueur dérivés de la directive européenne 2008/50/CE sont très largement au-dessus des recommandations de l'OMS de 2005 et n'assurent pas une protection de la santé suffisante des habitants et résidants. Elles ignorent les particules fines PM2,5 pourtant les plus dangereuses pour la santé humaine et sont trop "généreuses" pour les oxydes d'azote.

3. Ces normes trop "généreuses" légalisent l'inaction des Préfets et des élus qui s'abritent derrière le respect des normes de qualité ou seuils respectés (PM10 ou NO2)

4. Les stations de mesure ATMO fournissent des mesures de "pollution de fond" pour les particules PM10 faussement rassurantes, car bien en dessous des concentrations réellement mesurées en centre-ville (écart pouvant aller de 50% à 120%).

5. Le dispositif ATMO est très loin d'assurer une couverture géographique suffisante : des secteurs entiers de la métropole lilloise (Est, Ouest, Nord, Sud) sont dépourvus de stations de mesures de qualité de l'air : ces mesures sont pourtant nécessaires pour ajuster le modèle mathématique (CHIMERE) utilisé pour les prévisions (PREV'AIR)

6. L'Etat continue d'encourager l'adoption de procédés polluants de l'air ambiant : moteurs Diesel (TVA, vignettes Crit'Air), chauffage au bois des particuliers, chaufferies ou centrales avec biomasse…

7. La qualité de l'air fait l'objet d'un nombre (trop) important de documents de planification peu engageants, peu concrets pour les actions, sans vrais objectifs chiffrés. Cette usine à gaz de planification qui ne conduit à aucun résultat depuis des années ne convainc plus personne. Et contrairement à d'autres pays voisins, les plans de mobilité-transports, climat-énergie, qualité de l'air souffrent du cloisonnement des spécialités professionnelles et ne s'appuient pas sur des outils numérique d'aide à la décision comme la modélisation/simulation pour les aménagements urbains.

8. Les autorités de l'Etat et les élus métropolitains ou municipaux s'abstiennent de toute parole publique sur la qualité de l'air et ses impacts sanitaires et ne proposent aucun plan d'action conséquent.

9. Les mesures préfectorales déclenchées lorsque les seuils (NIR, NAP) sont atteints se révèlent sans grande efficacité réelle sur la réduction des émissions de polluants.  Les recommandations pratiques de précaution qui devraient être connues des habitants lors des épisodes sont inaccessibles au grand public. En outre, depuis des mois, malgré les nombreux épisodes de pollution de l'air, aucune mise en place de la circulation restreinte n'a été décidée.

10. Le plan régional santé-environnement 2017-2021 ne comporte que des mesures "indigentes" sur la qualité de l'air et n'est pas à la hauteur des attentes des habitants dont la santé se détériore à cause de ce drame sanitaire : 1 700 morts prématurés dans la métropole, 6 500 dans la région Hauts-de-France et toutes sortes de maladies touchant des bébés aux adultes et personnes âgées : bronchiolites, asthmes, bronchites chroniques obstructives, maladies cardiovasculaires, AVC , cancers pulmonaires...

Conclusion : La France, comme d'autres pays européens, a préféré payer de lourdes amendes plutôt que de s'engager à prendre des mesures drastiques pourtant nécessaire pour améliorer la qualité de l'air au quotidien. La mauvaise qualité de l'air est la "pointe de l'iceberg" de notre civilisation productiviste, individualiste et addict à la consommation.

Cette pointe cache comme vous le savez, entre autres :

- notre mode de mobilité privilégiant, encore et toujours, aujourd'hui la voiture (diesel) même pour des déplacements de moins de 1 000 m ou le camion (diesel) pour les marchandises, et pour certains, l'avion pour les week-ends de détente loin/très loin du domicile,

- notre façon de nous chauffer avec des combustibles très polluants (charbon, bois, fuel),

- notre façon de traiter les déchets en privilégiant l'incinération plutôt que le recyclage, par exemple,

-notre agriculture qui tarde trop à se débarrasser de son mode dominant productiviste, polluant simultanément plantes, sols, eau et air avec abondance de produits phytosanitaires, et rendant aussi malades les agriculteurs,

- notre façon de concevoir les villes où la destruction des espaces verts et des écosystèmes est organisée pour occuper chaque m2 disponible par des nouvelles constructions bétonnées et rendre ces villes de plus en plus inaptes à permettre l'évacuation des polluants mais aussi de la chaleur lors des épisodes caniculaires !

- etc.

Ce mode de vie produit beaucoup trop d'émissions de polluants et s'accompagne aussi simultanément d'émissions massives de gaz à effet de serre qui change aussi notre climat.

Tous ces facteurs contribuent à annoncer un drame sanitaire dont les signes précurseurs se voient chez les tous petits, les enfants et les personnes âgées fragiles.

En même temps, ce changement de nature de l'air ambiant empoisonne largement la flore et la faune et, avec le changement climatique contribue à l'érosion massive de la biodiversité.

Depuis de trop nombreuses années, les gouvernements successifs ont rédigé toutes sortes de plans, peu engageants, peu contraignants pour faire croire à une volonté d'action. Comme chacun le sait maintenant, ces plans n'ont jamais été pris au sérieux au sein de la Commission Européenne qui n'y a vu que de "l'enfumage".

M.E.

Pour aller plus loin,

1) vous pouvez relire nos articles précédents :

Pollution de l’air dans la métropole lilloise : Stop ou encore ?

8 raisons pour lesquelles la France est en échec sur la qualité de l’air dans les villes

Comment se protéger de la pollution de l’air ambiant chez soi ?

Les normes de qualité de l'air : utiles ou perverses ?

L'agglomération lilloise absente des "feuilles de route" pour l'amélioration de la qualité de l'air du Ministère !

2) Il existe aussi sur ce site 94 autres articles traitant de résultats de recherche ou d'initiatives concernant le thème de la qualité de l'air et de sa pollution (http://www.vigieecolo.fr/tag/air/)

3) Vous pouvez aussi vous reporter à cette présentation faite récemment à l'Université de Lille :

La qualité de l'air, en parler et agir, Université de Lille, 14 novembre 2018