Dernières confirmations concernant les moyens de protection face au COVID-19

Publié le par M.E.

Le Monde du 22 juillet 2020 : Le port du masque, une parade efficace face à la diffusion du virus

Si la doctrine des autorités sanitaires a fluctué sur l’utilité de cette protection, désormais obligatoire en France dans les lieux clos recevant du public, un vaste corpus scientifique montre son intérêt.

A l’instar d’autres pays, le port du masque est devenu obligatoire en France depuis lundi 20 juillet dans les lieux clos recevant du public. Face aux signes de reprise de l’épidémie de COVID-19, de nombreux médecins avaient appelé ces dernières semaines au respect des gestes barrières. Ces appels ont été répétés alors qu’un relâchement est observé avec la saison estivale.

Dans une boutique à Lille . Source : La Voix du Nord, 18/07/2020

La question du port du masque chirurgical ou en tissu en population générale est très débattue. Au plan scientifique, peu d’études randomisées – où des traitements sont administrés de façon aléatoire à des groupes de patients aux caractéristiques comparables – existent. « Dans l’ensemble, les données disponibles ne permettent pas de déterminer dans quelle mesure les masques en tissu peuvent empêcher la propagation de l’infection du porteur à d’autres personnes », indiquait, en avril, l’Académie nationale des sciences américaine. Mais sans attendre de preuves, la professeure Trisha Greenhalgh (Université d’Oxford) et son équipe appelaient, dès avril, dans une analyse publiée dans le British Medical Journal, au principe de précaution et au port du masque : « Ils peuvent avoir un impact substantiel sur la transmission et un effet relativement faible sur la vie sociale et économique. »

De fait, la doctrine a radicalement changé au sein des autorités sanitaires ou de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). On est passé de « le masque ne sert à rien », à « il doit être obligatoire dans tous les lieux clos ». Un changement qui s’appuie sur des études récentes, a souligné un communiqué de l’Académie de médecine le 16 juillet, « les unes révélant que les porteurs de virus asymptomatiques sont potentiellement contaminateurs, d’autres montrant que la transmission du virus par des particules salivaires aérosolisées est possible en milieu clos ».

« C’est du bon sens »

Le 6 juillet, plus de 200 scientifiques avaient appelé « la communauté médicale et les organismes nationaux et internationaux compétents à reconnaître le potentiel de transmission aérienne du COVID-19 », dans une tribune publiée par le New York Times. « Il existe un potentiel important de risque d’inhalation de virus contenus dans des gouttelettes respiratoires microscopiques à des distances courtes et moyennes (jusqu’à plusieurs mètres, de l’ordre de l’échelle d’une pièce) », écrivaient-ils. Une éventualité admise quelques jours plus tard par l’OMS.

Le masque apparaît dans ce contexte comme une parade de choix. « Certes, il n’existe pas d’étude randomisée, de preuve absolue de l’efficacité du masque, mais c’est du bon sens », appuie le professeur William Dab, ancien directeur général de la santé, clairement favorable à l’obligation du port du masque obligatoire. Il avait d’ailleurs intégré cette disposition au plan pandémie en 2005.

Plusieurs études d’observation montrent des effets positifs sur une baisse de la transmission, dont une méta-analyse commandée par l’Organisation mondiale de la santé, publiée début juin dans la revue The Lancet. Des chercheurs canadiens ont examiné 172 études observationnelles et 44 études comparatives incluant 25 700 patients. Les résultats indiquent un risque de transmission des coronavirus (SARS-CoV2, MERS-CoV, SARS-CoV) « beaucoup plus faible », tout comme avec la distanciation d’un mètre. En outre, « les protections pour les yeux, telles que les visières, sont également efficaces, et une distanciation de deux mètres est associée à un bénéfice supplémentaire », poursuit l’étude.

Etude sur les hamsters

Autre exemple récent, aux Etats-Unis, alors que dans un salon de coiffure du Missouri, deux coiffeuses avaient des symptômes du COVID-19 et portaient le masque, aucun de leurs 139 clients n’a été infecté. Comme relaté dans le New York Times, les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), qui ont réalisé l’étude, préconisent un usage très large du masque de protection.

Dans deux synthèses non revues par un comité de lecture, la revue médicale Prescrire recensait à la mi-mai des études en prévention des infections par SARS-CoV, coronavirus proche du SARS-CoV-2 apparu en 2003 à Hongkong, qui mettent en avant un risque d’infection environ trois fois plus grand en l’absence de port d’un masque par la personne infectée et par les personnes en contact. Dans ces deux études, « les types de masques portés n’ont pas été précisés, et il n’est pas indiqué non plus si les personnes qui portaient un masque ont aussi appliqué davantage les autres gestes barrières », indique la revue.

Dans une étude publiée le 14 juillet dans le Journal of the American Medical Association, des chercheurs ont aussi examiné l’effet du port du masque dans le plus grand hôpital du Massachusetts (Etats-Unis). Les soignants et les patients ont tous été masqués à partir de fin mars. 13 % des 9 850 soignants testés ont eu des résultats positifs au SARS-CoV-2. Le taux de positivité avait fortement augmenté avant que le masque ne devienne obligatoire, passant de 0 % à 21,32 %. Avec le port du masque, il a ensuite baissé de façon linéaire de 14,6 % à 11,4 %. « Ces résultats soutiennent le port du masque généralisé », soulignent les chercheurs.

En tout cas, « dans les lieux qui réunissent de nombreuses personnes, c’est indispensable », estime William Dab, d’autant plus qu’il n’y a à ce jour « pas de traitements face à ce virus, et tant qu’on n’est pas capable de diagnostiquer ou d’isoler les contacts, on n’a pas le choix : il ne faut pas baisser la garde sur les mesures barrières ».

« Le masque marche dans les deux sens, cela évite aux personnes contaminées de diffuser le virus, et cela protège les personnes saines qui le portent », ajoute le professeur Charles-Hugo Marquette, chef du service de pneumologie du CHU de Nice, qui milite pour le port obligatoire du masque. Il mentionne une étude publiée dans Clinical Infectious Disease, qui a montré que des hamsters sains, placés dans des cages adjacentes aux cages de hamsters infectés par le virus, étaient clairement protégés par les masques. Un ventilateur permettait à l’air de circuler des hamsters infectés vers les hamsters sains. En l’absence de masque, deux tiers des hamsters sains étaient contaminés au bout d’une semaine.

Quand du tissu de masque chirurgical enveloppait la cage des hamsters sains – pour simuler le port du masque par un sujet sain –, un peu plus d’un tiers des hamsters sains étaient contaminés au bout d’une semaine. Quand cette cloison enveloppait la cage des hamsters infectés, seuls 15 % des hamsters sains étaient contaminés au bout d’une semaine. Certes, ce n’est pas une preuve irréfutable, et l’homme n’est pas un hamster, mais pour le professeur Marquette, c’est une donnée intéressante.

Comment l’équivalent du port du masque protège le hamster de la diffusion du coronavirus.

« Il faut toutefois rappeler que le masque seul ne constitue pas une protection suffisante, le premier propagateur, ce sont les mains. Il faut appliquer la triade : hygiène des mains, respect de la distance, que je situe à deux mètres, et le masque », résume William Dab.

Source : Info Coronavirus COVID-19 / masques grand public www.gouvernement.fr

Que faut-il penser de l'efficacité présumée des visières ou écrans faciaux  ?

On remarque en effet que beaucoup de commerçants en portent à la place du masque chirurgical ou d'un masque grand public.

Source INRS : risques biologiques : Masques de protection respiratoire et risques biologiques : foire aux questions (FAQ) : http://www.inrs.fr/risques/biologiques/faq-masque-protection-respiratoire.html#0539cde6-42e1-4bd5-97a1-76c72c717f82

Les visières ou écrans faciaux ne sont pas des équipements de protection respiratoire mais des équipements de protection des yeux et du visage. Ils répondent à la norme EN 166 "Protection individuelle de l'œil - Spécifications" ou à la fiche R8.01 de la coordination française des organismes notifiés, reprenant et adaptant les exigences pertinentes de cette norme applicables à ces écrans.

Dans ce dernier cas, la référence de la norme EN 166 ne doit pas apparaître sur la monture de la visière, ni sur l’emballage. Le marquage comporte alors les mentions :

  • COVID 19
  • R8.01 V0
  • le symbole 3 au titre de l’essai projection de liquide

S’ils peuvent protéger les porteurs des grosses gouttelettes émises immédiatement après une toux par une personne à proximité et face à l’écran, ils ne permettent pas de protéger des particules restant en suspension. Ils n’ont pas l’efficacité des masques de protection respiratoire. Ils ne protègent pas suffisamment l'environnement du porteur contre les gouttelettes émises par ce dernier.

En milieu de soins, les écrans faciaux ne doivent pas être utilisés seuls, mais en complément d'une protection respiratoire. Ces écrans protègent tout le visage et ont l’avantage de pouvoir être retirés en minimisant le risque de toucher le visage.

Dans les autres secteurs, les écrans faciaux ne peuvent être utilisés qu’en complément des mesures collectives, organisationnelles et d’hygiène mises en œuvre permettant d’assurer la santé et la sécurité des salariés ; les entreprises devront évaluer si la mise à disposition de ces écrans est adaptée aux risques résiduels encourus aux postes de travail. Ils peuvent par exemple être utilisés en complément d’un masque pour protéger les muqueuses des yeux en cas de contact rapproché avec du public ne portant pas de masque. Il convient alors d’en nettoyer les deux faces régulièrement et d’éviter de porter les mains au niveau du visage sous la visière.

The Huffington Post France, 20 juillet 2020 : À la place du masque obligatoire, pouvez-vous porter une visière ? https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-la-place-du-masque-obligatoire-pouvez-vous-porter-une-visiere_fr_5f156007c5b6d14c33699283

Si le masque est désormais considéré par le gouvernement comme un moyen efficace de lutter contre le coronavirus, la visière de protection n'a pas fait ses preuves.

Commerçants portant une visière

MASQUE OBLIGATOIRE - Désormais, vous ne serez plus seulement reconduit à l’extérieur du magasin. Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics clos ce lundi 20 juillet dans toute la France, sous peine d’une amende de 135 euros en cas d’infraction. Cette mesure, dont le but est d’enrayer les signes d’un léger regain du Covid-19, inscrit dans la loi une habitude déjà bien intégrée par une majorité des Français.

Dans les transports, où il était déjà obligatoire, dans les commerces ou dans les administrations, le masque fait maintenant partie du paysage depuis le mois de mars. Mais une autre protection contre le coronavirus a aussi été adoptée par certains : la visière de protection. Fixée sur le haut du front, couvrant tout le visage, elle représente parfois une alternative plus confortable au masque, qui peut gêner la respiration en cas d’effort physique par exemple.

Elle n’est toutefois pas considérée par le gouvernement comme une protection optimale contre la propagation du coronavirus. Contactée par Le HuffPost, la direction générale de la santé (DGS) estime que “la visière ne remplace pas le masque” et précise que “le décret rendant obligatoire le port du masque ne porte que sur les masques” et pas sur les visières. Toute personne utilisant une visière comme alternative au masque chirurgical ou grand public s’expose donc à une amende de 135 euros.

Pas de visières dans les trains

Même son de cloche du côté de la SNCF. La compagnie ferroviaire indique au HuffPost que seul le masque est accepté dans les trains et que les visières ne peuvent être considérées comme des alternatives à cette obligation. Les passagers portant une visière sans masque s’exposent ainsi à une amende.

Certains travailleurs devront donc peut-être revoir leurs (nouvelles) habitudes. Les commerçants ou les personnels de la restauration, parfois soumis à des cadences soutenues, ont pu jusqu’ici adopter la visière pour plus de confort. Ils doivent désormais porter un masque, comme le veut le décret qui oblige le port de cette protection dans tous les “magasins de vente et centres commerciaux” et dans “les restaurants et débits de boissons”, aussi bien pour “le personnel des établissements” que pour “les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l’établissement”.

Le décret ne s’applique en revanche pas dans les entreprises non ouvertes au public, qui “doivent gérer au cas par cas” la question du port du masque, selon le Premier ministre Jean Castex. En l’absence de règle dans ce cadre privé, aucune amende pour le port d’une visière et non d’un masque ne pourra donc être appliquée.

La visière, “seulement en complément du masque”

La France n’est pas la première à distinguer la visière du masque de protection. En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a déconseillé le 15 juillet le port unique de la visière après une série d’infections du personnel portant cette protection dans un hôtel des Grisons, rapporte La Tribune de Genève. Au Québec, les personnes portant uniquement une visière se voient désormais “refuser l’accès aux transports publics et aux commerces” car cette protection n’offre “aucune étanchéité”, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, cité par Radio-Canada.

En France, la DGS avait saisi en urgence le Haut conseil de la santé publique (HCSP) le 7 mai à ce sujet. Dans son avis, dressé ”à partir des données scientifiques et techniques disponibles”, le HCSP recommande “de ne pas utiliser les visières en remplacement des masques grand public” et de “considérer leur emploi seulement en complément du port d’un masque”. 

Même conclusion dans le cas des professionnels de santé exposés au public, qui ne devraient porter une visière qu’en complément du masque. Si le HCSP reconnaît que les visières peuvent “protéger la zone du visage et les muqueuses associées”, notamment le nez, elles ne présentent “en aucun cas une performance de filtration” et “ne peuvent remplacer un appareil de protection respiratoire”, souligne cet avis, le dernier publié à ce sujet par le HCSP.

Exemple d'emploi combiné d'un masque et d'une visière dans un supermarché

La question des petites gouttelettes et particules en suspension

Le HCSP cite notamment une étude menée en 2014 grâce à un simulateur de toux et concluant que les visières permettent de réduire l’exposition virale du porteur de 96% lorsqu’il est à 45 centimètres de quelqu’un qui tousse, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous. Mais la visière est “moins efficace contre les plus petites gouttelettes qui peuvent diffuser par les côtés ouverts”, note le HCSP. Les personnes entourant le porteur de la visière ne sont elles non plus pas protégées “des particules restant en suspension”, souligne l’Institut National de Recherche et Sécurité (INRS), alors que le masque filtre le virus.

Une remarque d’autant plus importante que des “incertitudes” demeurent sur la transmission du coronavirus dans l’air. La question “a fait l’objet le 6 juillet d’une lettre à l’OMS signée par 239 scientifiques issus de 32 pays, qui ont notamment fait part de leurs observations sur la fréquence des contaminations et des clusters en milieu clos, particulièrement en cas de brassage d’air, et même en l’absence de projection directe”, indique la DGS.

 

 

Publié dans COVID-19, Santé

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