Le bilan carbone des trottinettes électriques est proche de celui de la voiture partagée

Publié le par Novethic via M.E.

Rouler en trottinette électrique : meilleur pour la planète que la voiture ? Ce n'est pas si certain. Selon une étude du cabinet Arcadis, qui analyse l'ensemble du cycle de vie, l'empreinte carbone de ces engins très tendance est presque égale à celle des voitures partagées (avec trois passagers). De plus, les trottinettes se substituent davantage aux piétons et aux vélos qu’aux voitures. 

Les trottinettes sont-elles vraiment vertes ? C’est la question sur laquelle s’est penché le cabinet de conseils Arcadis. Il a calculé qu’une trottinette en libre-service à Paris émet en moyenne, sur tout son cycle de vie, 105 grammes d’équivalent CO2 par kilomètre et par passager. C’est bien plus que les bus RATP électriques ou hybrides et presque autant que ce qu’émet une voiture contenant trois passagers (111 gCO2eq/km/passager).  

"Alors que la loi mobilité prévoit par exemple de mettre fin à la vente de véhicules thermiques en 2040, le fait que ces trottinettes soient particulièrement carbonées constitue un handicap de départ pour ce nouveau moyen de transport. Et ce d’autant qu’elles se substituent davantage aux piétons et aux vélos qu’aux voitures", explique Arcadis.  

Durée de vie de six mois

Plus de la moitié de l’empreinte carbone des trottinettes électriques provient de leur fabrication. C’est le même ordre de grandeur que pour la voiture ! Ce sont principalement les batteries qui posent problème car elles sont gourmandes en métaux rares et majoritairement fabriquées en Chine où l’énergie utilisée est fortement carbonée. C’est d’autant plus vrai que la durée de vie moyenne d’une trottinette en libre-service est de six mois et de seulement trois à six mois pour les batteries.  

D’où l’intérêt de développer leur recyclage. C’est ce à quoi s'attelle la Fédération des professionnels de la micro-mobilité (FP2M), qui regroupe différents acteurs du secteur. Elle va proposer à partir du 1er janvier prochain une filière complète de recyclage des trottinettes électriques, tant pour les particuliers que pour les engins en location. Selon la FP2M, le marché des trottinettes électriques dans son ensemble (location, libre-service et vente) représentera en France environ 200 000 engins à recycler et plus de 300 000 batteries en 2020.  

En parallèle, Jump (Uber) et le groupe Veolia ont signé un contrat pour le recyclage des pièces qui ne pourraient pas être réutilisées avec un objectif de valorisation supérieur à 90 %. "L’aluminium servira à refaire des cadres de vélos ou des pièces automobiles, la ferraille sera transformée en boîtes de conserve, les métaux précieux comme l’or contenu dans les cartes électroniques pourront redevenir des bijoux", explique Jump.  

Des appels d'offres exigeants

Pour le cabinet Arcadis, le lancement prochain des appels d’offres pour choisir les opérateurs peut être une opportunité pour les collectivités de réduire l’empreinte carbone des nouvelles mobilités. "Les acteurs publics pourront en effet être plus exigeants dans le cahier des charges sur la localisation de fabrication, la durée de vie des trottinettes ou encore l’optimisation des conditions d’exploitation, liste Arcadis. Il est notamment recommandé de supprimer ou limiter la collecte pour recharge, en rendant obligatoire ou en incitant la dépose sur des zones de recharges dédiées par exemple, ou de recourir à des véhicules électriques ou hybrides pour le ramassage".  

La collecte représente aujourd’hui 37 % des émissions de gaz à effet de serre des trottinettes électriques. Or, "l’application de ces mesures permettrait, dans le cadre d’une durée de vie de deux ans et de conditions de collecte optimales, de réduire l’impact kilométrique à environ 30geqCO2/p/km, ce qui placerait ce mode de transport parmi les plus vertueux", note Arcadis. À Paris, selon Le Parisien, 764 stations à trottinettes ont été déployées, sur 2 500 prévues.

La ville a lancé un appel d'offres pour ne garder que trois opérateurs. La startup française Pony (soutenue par Xavier Niel) espère tirer son épingle du jeu avec un modèle à part entière qui consiste à vendre les trottinettes en libre-service aux particuliers (720 euros), ces derniers récupérant la moitié des revenus de chaque course. "Le fait que ces véhicules appartiennent à quelqu'un, ça change la perspective. Louer une trottinette Pony, c'est plus comme emprunter celle d'un voisin", explique son cofondateur, Paul-Adrien Cormerais. Son modèle – disponible à Bordeaux et Angers – aurait permis de diviser par trois le vandalisme, et par huit les coûts de gestion.   Concepcion Alvarez.