Comment la décentralisation de la production d’électricité infléchit la politique énergétique des villes

Publié le par Les Smart Grids via M.E.

A Lille, le développement des sources d’électricité renouvelables, décentralisées et locales va peut-être conduire la métropole à repousser (voire annuler) la construction d’un nouveau poste source. Un bel exemple des changements de gouvernance locale que provoque la transition énergétique et le recours accrus aux sources d'énergie renouvelables (EnR).

La mutation du réseau de distribution d’électricité impose une nouvelle façon de concevoir la gouvernance des territoires. Coordonner la réduction de la consommation, la sobriété énergétique, l’intégration des « nouvelles » énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque) et la décentralisation de leur production nécessite une planification fine et un pilotage en temps réel des usages.

La Métropole de Lille, territoire pionnier de la transition énergétique

Abandonner l’ancien modèle ascendant, qui a prévalu pendant des dizaines d’années, permet de repenser la politique énergétiques des territoires – et d’envisager les infrastructures nécessaires en fonction de ces ambitions.

Ce sont ces thématiques que prend en charge Erwan Lemarchand, directeur de l’énergie, du développement durable et de la transition énergétique à la Métropole Européenne de Lille (MEL), dans une vigoureuse tribune pour La Gazette des Communes.

La Métropole lilloise est un territoire regroupant 90 communes et environ 1,1 millions d’habitants. Très engagé dans la transition énergétique et la sobriété, la MEL pilote le Réseau Electrique Intelligent YOU & GRID, projet d’industrialisation des solutions "smart grids" à l’échelle d’un territoire urbain.

« L’heure de la ville sobre et autosuffisante est arrivée ! »

Pour l’élu, l’ancien modèle énergétique – qu’il résume de cette percutante formule « Dis-moi de combien tu as besoin d’énergie pour développer ton projet et je te dirai comment et quand je te raccorde » – a vécu. L’un des écueils de cette stratégie (penser des réseaux ascendants à échelle nationale, qui évoluent en fonction de la demande) est d’aboutir à des réseaux qui peuvent être localement surdimensionnés, et donc sous-utilisés.

« Ce monde est petit à petit en train de changer, car son modèle économique est remis en cause avec la disparition progressive et annoncée des énergies fossiles, un coût de l’énergie qui augmente, le développement des énergies locales et donc la nécessité de diminuer fortement nos consommations. L’heure de la ville sobre et autosuffisante est arrivée ! » expose ainsi Erwan Lemarchand.

Adapter les projets urbains à l’énergie disponible

Pour lui, la gouvernance des territoires doit désormais envisager le problème à l’inverse : partir des capacité de production énergétiques locales, et adapter l’espace aux contraintes qu’elle implique. Ce qu’il résume dans une nouvelle formule : « Dis-moi de combien et de quelles énergies je dispose sur le territoire et j’adapterai mon projet en conséquence. ».

Pour appuyer son propos, l’élu évoque un cas très concret, qu’il connaît bien : celui de l’aménagement urbain de la Métropole européenne de Lille, dans son rapport aux questions énergétiques. Erwan Lemarchand détaille le cas du versant Est de la Métropole, en pleine rénovation. Des milliers de mètres carré vont être réaménagés, portant une croissance de l’activité locale – et donc des besoins en électricité. En suivant un développement classique, le poste-source de ce territoire devrait être saturé sous trois à cinq ans.

Optimiser l’utilisation de l’électricité pour éviter de construire un poste-source

Si la Métropole avait choisi de rester fidèle aux anciens schémas énergétiques, un nouveau poste-source devrait déjà être programmé et, probablement, déjà en construction. Mais la stratégie choisie est tout autre, faisant de cet équipement un symbole de la haute ambition du territoire en matière de transition énergétique.

« Notre défi, aujourd’hui, consiste à ne pas construire de nouveau poste source (pour la distribution de l’électricité, ndlr) en imposant des choix radicaux sur le plan énergétique » défend Erwan Lemarchand.

Pour ce faire, la Métropole a développé un cahier des charges énergétique extrêmement contraignant à tous les projets immobiliers en cours cette partie Est du territoire, dans le neuf comme dans la rénovation.

Un cahier des charges énergétique drastique pour les bâtiments

Ainsi, les bâtiments devront privilégié l’usage de la chaleur fatale (chaleur résiduelle émise durant des processus industriels, et récupérée) et du gaz (dans l’optique de le convertir au biogaz) pour la production de chaleur – et même de froid. La Métropole a également posé une limite à la consommation d’énergie de chaque bâtiment construit ou rénové, en fonction du type de bâtiment concerné : à charge, pour les utilisateurs ou habitants, de répartir comme ils le souhaitent l’énergie disponible.

Chaque bâtiment devra également produire de l’électricité, et favoriser pour son usage quotidien l’autoconsommation individuelle et collective. Le cahier des charges prévoit également la « mise en place de réseaux électriques intelligents en lien avec des bâtiments tout aussi intelligents pour mieux synchroniser consommation et production d’énergie », selon les mots d’Erwan Lemarchand.

« Imposer la sobriété énergétique et la production locale d’énergie »

L’élu conclut sur la visée énergétique de ce projet d’aménagement local : « Notre objectif est de repousser de plusieurs années la perspective de construire un nouveau poste source électrique, mais aussi de mieux rentabiliser nos réseaux de distribution énergétiques existants et surtout d’imposer la sobriété énergétique et la production locale d’énergie dans les stratégies d’aménagement du territoire. Sur un projet, ceci représente, à la clé, une économie de plus de 15 millions d’euros ».

Ainsi, au-delà des labels "smart city", qui sont parfois de pures vitrines vidées de sens, de telles initiatives prouvent que les autorités locales peuvent (et doivent) prendre le taureau énergétique par les cornes, et poser leurs propres cadres et objectifs.

Source : https://les-smartgrids.fr/lille-electricite-politique-energetique/

Publié dans Energie, Urbanisme, Gouvernance

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