Projet Saint Sauveur : Notre opposition résolue à ce projet n'est pas modifiée par les documents fournis pour l'enquête publique

Publié le par M.E. & E.C.

On a beau nous montrer des belles photos accompagnant des propos très élogieux sur le site de la Mairie de Lille (avec une brochure en téléchargement), de la métropole lilloise (MEL) ou dans le magazine de la MEL, ceux-ci n'arrivent toujours pas à nous séduire. Les énormes pavés de papier ou de pages numérisées (presque 600 pages) destinés à noyer les citoyens sous des flots d'information savamment dispersées et redondantes, entremêlées d'informations scientifiques quelquefois biaisées n'ont pas réussi à nous faire changer d'avis depuis notre publication en ligne du 30 mars 2018 et notre avis remis au commissaire-enquêteur le 13 avril 2018.

Gehl Architects -Plan du projet d'aménagement de la friche Saint-Sauveur

Nos raisons de s'opposer à ce projet immobilier peuvent être résumées en ses impacts les plus importants :

  • artificialisation des sols et élimination d'un espace arboré urbain,
  • destruction programmée d'espèces protégés,
  • fragilisation et poursuite de la surexploitation de la nappe phréatique,
  • supplément de trafic motorisé et pollution de l'air supplémentaire,
  • implantation d'une piscine olympique avec bassin extérieur en zone polluée,
  • stationnement des véhicules des usagers de la piscine occupant les rues et trottoirs du quartier,
  • nuisance des chantiers pour les riverains pendant trois années,
  • projet en contradiction avec l'impératif d'adaptation au changement climatique.

En effet la Mairie de Lille et la métropole essaient de justifier ce projet immobilier avec des arguments repris ("éléments de langage"), à de multiples reprises, parmi ces quasi 600 pages comme ceux-ci : "produire de nouveaux logements", "construire de la ville sur la ville", "lutter contre l'étalement urbain", "ramener de la nature en ville", "favoriser les modes doux de déplacements", profiter d'une "desserte exceptionnelle de transports publics". Néanmoins on peut constater que la Mission Régionale d'Autorité Environnementale (MRAE) ne tarit pas de critiques sur ce projet soumis à nouvelle enquête publique complémentaire. Voir à ce sujet les principales remarques et recommandations ici.

1. Artificialisation des sols, élimination d'un espace arboré urbain, destruction d'espèces protégés

Notre avis : Le projet immobilier Saint Sauveur, s'il devait se réaliser priverait la ville de Lille d'un poumon vert bénéfique pour le climat, la biodiversité et la santé des habitants petits et grands. La ville de Lille, même si c'est un héritage de l'histoire de tous les anciens Pays-Bas, est aujourd'hui beaucoup trop minérale. Or tous les rapports concernant l'adaptation au changement climatique montrent que le levier d'action essentiel est "la réintroduction d'espaces naturels et plus largement de végétal dans la ville" : triple effet physico-chimique : absorption du CO2 ("puits de carbone"), captation des polluants, production de fraicheur lors des épisodes caniculaires. On perçoit donc bien l'intérêt d'une démarche intégrée climat-air-santé, qui n'est pas ici mise en application dans ce projet !

Carte des espaces verts de Lille-2018

2. Fragilisation et poursuite de la surexploitation de la nappe phréatique

Notre avis :  si la piscine olympique se réalisait, c'est donc à nouveau des consommations très importantes d'eau supplémentaires qui serait requises. Or la nappe de craie du Sud de Lille est déjà sur-sollicitée. Au-delà des risques de pollution supplémentaire des eaux souterraines engendrés par les travaux projetés, existe le risque encore plus accentué de fragilisation de la nappe qui se situe à seulement 7 mètres de profondeur par rapport au terrain naturel.

3. Piscine olympique, trafic routier, pollution de l'air et stationnements "sauvages"

Notre avis : l'implantation d'une piscine, olympique de surcroît, dédié aussi à l'entraînement de nageurs de haut niveau ne peut pas être envisagée dans cette configuration de conjonction d'une pollution particulaire ambiante, d'une pollution par les oxydes d'azote(NO2) importante. A cela s'ajoute une pollution sonore et un encombrement généré par des voitures des usagers provenant des multiples communes situées autour de Lille. Cet équipement là à l'emplacement projeté ne profite pas d'un environnement vert et boisé qui contribuerait à apporter de la fraîcheur en été (épisodes de canicule) et une certaine captation des polluants de l'air (PM2,5 en particulier), hiver comme été.

4. Produire des logements : pourquoi ?

Notre avis :  au lieu de bétonner et de détruire les derniers espaces naturels de la ville, il serait opportun d'utiliser tous les leviers législatifs et règlementaires pour optimiser l'utilisation de l'ensemble des logements offerts à la vente et à la location. Trop de logements deviennent indisponibles pour les familles suite aux divisions de logements en studios, à la colocation, beaucoup plus rémunérateurs pour les propriétaires d'ailleurs comme la location saisonnière (Airbnb) qui fait en outre perdre des emplois au secteur hôtelier. Trop de bureaux vacants pourraient être convertis utilement en logements.

5. Quelques détails qui posent problème

Citons en vrac ce qui ne devrait pas se retrouver dans les documents ou dans l'organisation d'une telle enquête publique :

  • Conditions de déroulement : durée très courte, pavé de documents numérisés en petit caractère de presque 600 pages.
  • Absence d'avis formalisé par écrit de l'ARS sur le projet de piscine olympique
  • Une présentation "enjolivée" et "commerciale" sur le site de la Mairie de Lille
  • Origine non identifiable d'un document
  • De multiples affirmations erronées sous un "habillage scientifique".

Notre conclusion générale pour ce projet immobilier

La ville de Lille et la métropole lilloise doivent changer de paradigme et prendre en compte le besoin des habitants et de tous les usagers de la ville de vivre dans un environnement sain où pourrait se retrouver, enfin, un équilibre plus harmonieux entre l'homme et la nature.

 

En outre, la qualité de l'environnement est un des facteurs reconnus comme des plus importants de l'attractivité d'une ville pour les investisseurs au même titre que la qualité architecturale et urbanistique, les services au public ou les transports publics. Pour ce faire, il est indispensable que la Ville de Lille et la MEL prennent exemple sur de nombreuses villes françaises et européennes qui n'ont eu de cesse pendant plusieurs années de réintroduire de grands espaces naturels dans le cœur de ville.

 

La politique de la ville de Lille et de la MEL sont en contradiction à certains objectifs de développement durable définis lors du sommet historique des Nations Unies de septembre 2015. Certes ces objectifs ne sont pas juridiquement opposables, mais chaque pays s'est engagé à les atteindre, à rendre des comptes chaque année. Dans ce projet immobilier Saint Sauveur, quatre objectifs de développement durable sont ignorés :

  • Objectif n°3 : Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge
  • Objectif n°11 : Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables
  • Objectif n°13 : Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions
  • Objectif n°15 : Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité

Notre contre-proposition consiste donc à réinstaller le végétal dans la ville partout où cela sera possible. La volonté politique doit exister dans ce sens. Les habitants et autres usagers de la ville en ont fortement besoin.  Il faut donc connecter les "poumons verts" de la ville comme le Parc de la Citadelle et le futur Parc Saint Sauveur ensemble par des artères traversantes revégétalisées et compléter le réseau d'espaces verts en périphérie de la ville pour disposer à court/moyen terme d'une vraie ceinture verte continue.  Ceci doit permettre de connecter entre elles les zones de nature afin que la flore et la faune puissent circuler au sein de corridors écologiques reliés à d'autres zones vertes situées à l'extérieur de la ville de Lille. Voir esquisse ci-après :

M.E. & E.C.

 

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