Le climat, c'est notre santé : "La révolution de la prévention". Grand Débat le 26 février 2019 à la MRES.

Publié le par M.C. + M.E.

Le 26 février 2019 de 18 h 00  à 20 h 30 à la Maison Régionale de l'Environnement et des Solidarités, 23 Rue Gosselet, Lille (59). Métro République-Beaux Arts ( Itinéraires possibles ici )

Salle des expositions au rez-de-chaussée.

Grand débat sur le thème "Le climat c'est notre santé ; la révolution de la prévention" animé par

Michel CUCCHI, Vice-président délégué de l'Association Nord Ecologie Conseil et membre de Ensemble pour le climat Hauts-de-France.

Un pot de l'amitié suivra ce débat.

Venez nombreux, mais attention nombre de places limitée à 60 personnes.

Un compte-rendu sera réalisé à la suite des débats et remonté au niveau national.

Les raisons de la nécessité de ce débat selon le Dr Michel CUCCHI :

Le gouvernement de la France et l’administration française en général ne savent toujours pas articuler leurs stratégies, programmes et autres planifications nationales, ce qui se traduit par une action brouillonne et contradictoire, inapte à se mettre au diapason des problèmes et des attentes des acteurs tant locaux qu’internationaux. Cette incapacité n’est pas étrangère à la constitution du mouvement des Gilets jaunes dans les territoires, tandis que des engagements internationaux de la France ne sont pas tenus, notamment en matière environnementale et climatique.

Les responsables publics peinent à comprendre que la "décarbonation" de nos modes de vie et de consommation n’est pas une variable d’ajustement, c’est une obligation juridique et un impératif moral. Le sacrifice actuel de la cause climatique aux enjeux de court terme, faute de vision stratégique repérable, a des conséquences gravissimes sur la confiance de nos concitoyens envers les pouvoirs publics, en particulier celle des plus jeunes d’entre nous. Il pèse sur la capacité à faire entendre la voix de la France à l’échelle internationale.
Cet aveuglement à l’égard des enjeux essentiels est une très mauvaise politique, car que nous le voulions ou non, nos sociétés vont devoir réduire leur consommation de ressources et leurs émissions de gaz carbonique et autres gaz à effet de serre dans les années à venir. Cette évolution peut être programmée, mais si tel n’est pas le cas, elle aura lieu de toute façon, et d’une façon qui peut être extrêmement douloureuse, voire fatale pour le plus grand nombre : en l’absence de mesure sans précédent, c’est bien une réduction de la population mondiale qui est attendue selon les scenarios de modélisation à partir des années 2030 [1].

L’articulation prioritaire à trouver pour nos gouvernements se situe donc entre l’ensemble des politiques publiques et les engagements de la France en matière climatique, environnementale et sanitaire : le respect de l’Accord de Paris de 2015 comme celui de la réglementation européenne en matière de qualité de l’air relèvent d’une même obligation, et pourtant aucun de ces engagements ne se trouve clairement articulé aux politiques publiques effectivement mises en œuvre au niveau national et dans les territoires.

Cet alignement des politiques publiques devra en outre se conjuguer à un rehaussement des engagements internationaux de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, car nous savons désormais que les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris ne permettront pas d’écarter le scénario de Terre-étuve qui conduirait à la disparition de notre civilisation et à la mort des êtres vivants les plus complexes, c’est-à-dire de nous tous.

Le rapport du GIEC d’octobre 2018 préconise une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 45 % à l’horizon 2030 par rapport à 2010 à l’échelle de la planète, avec une fourchette allant de 40 % à 60 %. Cela impose à un pays industrialisé comme la France, au titre des responsabilités communes mais différenciées, de se situer à un seuil minimal de 50% de réduction entre 2010 et 2030. Or, il n’existe nulle trace de cette actualisation nécessaire des engagements de la France dans le projet de loi énergie en cours d’examen par le Conseil économique, social et environnemental. Le gouvernement français est signataire des travaux du GIEC, il est donc solidaire des recommandations qui s’y trouvent écrites noir sur blanc.

Cette double obligation se retrouve dans les différentes composantes de la transition écologique et solidaire à conduire. Celles-ci sont classiquement au nombre de deux : l’atténuation (la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat et l’environnement), et l’adaptation (pour limiter les impacts négatifs du changement climatique sur les sociétés humaines et l’environnement).

Cependant, la dégradation concomitante de la biodiversité (désertification des milieux, sixième extinction des espèces), le poids croissant des maladies chroniques (affections respiratoires, allergiques, cardio-vasculaires, neurologiques), les 48 000 morts annuels liés à la pollution de l’air en France, les troubles du développement des enfants constituent les effets délétères actuels et tangibles de ce même processus de combustion des ressources fossiles qui est aussi à l’origine du dérèglement climatique. Aux effets pathogènes des émissions de cette combustion s’ajoutent ceux des produits pétroliers transformés par l’industrie et dispersés par mésusage dans l'air, l’eau, les aliments, les produits ménagers, les médicaments, etc., causant des intoxications physico-chimiques, des perturbations endocriniennes et bien d’autres effets pathogènes sur les corps

Dès lors, la santé des populations compromise par la combustion et la transformation des fossiles carbonés ne se pose pas principalement en termes d’atténuation et d’adaptation, mais de salubrité publique. La politique climatique ne consiste plus seulement à diminuer les émissions de gaz à effet de serre et à adapter les villes, les territoires et les activités aux conséquences attendues du dérèglement climatique, elle intègre une composante supplémentaire, celle de la protection des populations humaines vivant au milieu d’autres populations vivantes mises en danger.

Cette composante « protection » traduit simplement le fait que le climat, c’est notre santé, celle des générations actuelles et futures, et que les différentes formes de lutte contre le dérèglement climatique sont indissociablement des politiques de santé, de prévention, de précaution et d’hygiène. Cette articulation nouvelle entraîne une reconfiguration des stratégies sanitaires, environnementales et climatiques et des perspectives nouvelles.

Conclusion :
1. Au-delà de la question de l’intoxication physico-chimique (pollution des milieux, perturbateurs endocriniens, etc.) qui compromet la promesse d’une vie en bonne santé au sein de nos sociétés, pourquoi et comment faire interagir la question climatique aux autres enjeux de la santé environnement (santé au travail, santé collective, santé mondiale, santé planétaire, etc.) ?

2. Quelle forme peut prendre la « révolution de la prévention » promise par Emmanuel Macron au moment où la France est tenue par ses engagements internationaux à engager une décarbonation rapide de son économie ?

3. Le système de santé est également confronté à la nécessité de décarboner son fonctionnement et à la crise de la ressource dans le monde de "l’après-fossiles" (charbon-pétrole-gaz). Comment prépare-t-il la transition énergétique et climatique qui s’impose à nos sociétés, au regard du service collectif rendu mais également du point de vue de sa propre permanence ?

La rencontre du mardi 26 février à la Maison régionale de l’environnement et des solidarités a pour objectif de parvenir à des propositions visant à faciliter la mise en œuvre d’une stratégie concertée entre les professionnels de la santé, de l’environnement et du climat en vue d’une meilleure visibilité et d’une plus grande efficacité de ces trois domaines de l’action publique.

M.C.

Références bibliographiques :
1. Meadows Donella, Meadows Dennis, Randers J, Les limites de la croissance (dans un monde fini). Le rapport Meadows, 30 ans après. Éditions Thomas Bout, juillet 2017.
2. https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/environnement-et-transition-ecologique
3. https://en-marche.fr/articles/videos/meeting-macron-nevers-video