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Oslo, labo urbain du zéro carbone

Publié le par Libération via M.E.

Dans la capitale verte européenne 2019, se multiplient les initiatives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une gageure dans un pays dont la fortune s’est faite grâce aux hydrocarbures.

Par Lou Marillier, envoyée spéciale à Oslo (mis à jour le )

Dans le quartier populaire de Grünerløkka, dans l’est d’Oslo, des réfugiés font pousser des salades dans d’anciennes laveries automatiques. Plus à l’ouest, au cœur de la ville, la ferme urbaine Losæter réunit plus d’une centaine d’apprentis agriculteurs venus labourer leurs parcelles, dispersées autour des cheminées d’aération d’un tunnel autoroutier.

Ces initiatives sont encouragées par la municipalité d’Oslo, élue capitale verte européenne 2019 par la Commission européenne, qui remet cette distinction tous les ans depuis 2010. Les projets d’agriculture urbaine sont accompagnés, entre autres, de la réouverture partielle de 354 kilomètres de rivières et de ruisseaux, recouverts jusqu’à la fin des années 90, afin d’obéir à une logique d’urbanisation vorace. Un moyen de rendre la ville à ses habitants, mais surtout de s’adapter au changement climatique en permettant l’écoulement et l’absorption des pluies, de plus en plus drues et fréquentes. A l’heure de l’anthropocène, les ambitions d’Oslo font réfléchir à la capacité des villes à s’adapter aux changements que notre planète subit, et à en limiter les effets, dans le contexte écrasant d’une nouvelle ère géologique. «Nous avons construit des villes hors de toute échelle humaine, commente Henrik Ny, professeur suédois en développement durable. Aujourd’hui, nous pouvons faire le choix de prendre à nouveau en compte le comportement humain dans le développement des villes.»

 

«Budget climat»

La coalition entre la gauche et les écologistes qui a gagné la mairie d’Oslo en 2015 prévoit de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, et de les réduire de 95 % d’ici 2030. «Le projet le plus ambitieux au monde, à ma connaissance», commente Mark Watts, directeur du C40, un réseau de 96 villes qui vise à lutter contre le dérèglement climatique.

Le modèle d’Oslo peut cependant sembler difficile à répliquer, tant les atouts de la ville sont nombreux. 99 % de la production d’électricité en Norvège est d’origine hydraulique, grâce au développement de cette méthode dès la fin du XIXe siècle. Surtout, la découverte des gisements de pétrole et de gaz en mer du Nord à la fin des années 60 a donné au pays les moyens économiques d’agir : «Nous sommes devenus formidablement prospères grâce au pétrole et au gaz, notre responsabilité morale en est d’autant plus grande», assène le maire travailliste d’Oslo, Raymond Johansen.

«Je pense que la volonté politique du maire est tout à fait transférable à d’autres villes», assure pourtant Mark Watts. Il souligne la mise en place d’un «budget climat», une première mondiale qui oblige les quinze districts de la ville à rendre trois fois par an des comptes sur leurs émissions de CO2. «Nous comptabilisons ces émissions de la même manière que les dépenses financières, explique Raymond Johansen. Cela nous permet de prendre des décisions politiques concrètes, plutôt que d’imposer de vagues objectifs lointains.»

Parmi ces mesures, la démocratisation des voitures électriques qui, grâce à une combinaison de politiques municipales et nationales, ne sont soumises ni à la TVA, ni aux péages. A Oslo, elles circulent sur les voies de bus et profitent de quelques stations de recharge gratuites. Résultat : en 2017, 52 % des nouveaux véhicules achetés en Norvège étaient électriques ou hybrides, contre 3,9 % en France. «Le gouvernement facilite leur achat, nous facilitons leur utilisation», explique Hanna Marcussen, adjointe municipale écologiste chargée de l’urbanisation. Alors que la coalition de droite du gouvernement national s’apprête à construire une nouvelle autoroute qui traversera le pays, cette collaboration ville-Etat illustre le paradoxe norvégien. «La coopération avec le gouvernement est une épreuve», résume-t-elle.

Source : https://www.liberation.fr/debats/2019/01/20/oslo-labo-urbain-du-zero-carbone_1704218