Un projet industriel contestable : "Indachlor" à Loon Plage

Publié le par M.E.

L'objectif du projet :

Le groupe belge flamand Indaver a déposé un projet d'une installation de traitement de dérivés chlorés issus de différents pays européens voisins et le procédé envisagé doit permettre de produire de l'acide chlorhydrique et de l'énergie thermique (fourniture de vapeur ). Dans ce projet présenté, l'acide chlorhydrique produit sera directement livré à l'entreprise voisine Ecophos et la vapeur livrée à Ryssen Alcools en particulier. L'industriel présente le projet comme une contribution à l'économie circulaire.

Le schéma des flux d'échanges de matière et d'énergie avec les sites voisins est le suivant :

L'entreprise projette de faire tourner ce site avec seulement 21 personnes en équivalent temps plein, ce qui laisse supposer un personnel présent en permanence très réduit. Nous reviendrons sur cette caractéristique plus loin et sur ses conséquences pour la sécurité en cas d'incident / accident du process.

L'implantation se ferait donc à Loon-Plage sur une superficie d'un peu plus de 6 hectares. Au Nord, le site de Ryssen Alccools à qui on fournira de la vapeur nécessaire pour le procédé de Ryssen et à l'Est Ecophos à qui on livre de l'acide chlorhydrique.

Voici un plan des différents sites classés :

Comme on peut le constater sur ce plan, ce bord de mer qui va de Dunkerque à Gravelines en passant par Loon-Plage est densément peuplé de sites classés pour la protection de l'environnement (ICPE) dont la majorité écrasante avec le niveau "Seveso seuil haut". L'entreprise a donné des informations sur le procédé envisagé pour son projet Indachlor :

On a donc affaire à un procédé qui brûle les déchets chlorés pour libérer du CO2 de l'eau et du gaz chlorhydrique. Ce dernier est piégé par une série de 2 colonnes d'adsorption et transféré à l'état aqueux sous forme d'acide chlorhydrique. Les poussières générées par la combustion sont piégées par un réseau de filtres électrostatiques. Quant aux oxydes d'azote qui se forment à cette température, on utilise un post-traitement à l'urée pour les détruire.

L'industriel Indaver a communiqué sur ses rejets en régime permanent (i.e. hors phase de démarrage ou d'incident bien évidemment).

Dans son dossier de demande d'autorisation d'exploiter, il a fourni étude de danger, scenarii d'incidents/accidents et mesures prévues, dans le cadre d'un plan de prévention des risques technologiques (PPRT). L'industriel annonce des mouvements logistiques routiers et ferroviaires : 20 mouvements de camions citernes par jour avec 2 trains de 5 wagons citernes par semaine en sus.

Nos remarques sur les risques et les moyens de gestion prévus :

Même si les intrants produits organiques chlorés sont relativement ininflammables, ils ont la propriété de se décomposer sous l'effet de la chaleur. A la chaleur, par dégradation thermique, ces composés forment le Phosgène (= Oxychlorure de carbone) qui est très toxique, mais également le chlore et le gaz chlorhydrique. La formation du phosgène est importante pour le tétrachlorure de carbone, le tétrachloroéthane et le trichloréthylène.

L'initiateur de la décomposition thermique peut provenir d'un incident sur le four, d'un incendie dans l'installation Ryssen Alcools (ou d'un acte de sabotage ou de malveillance) qui se serait propagé sous l'effet de vents favorables.

On peut aussi imaginer comme scénario des incidents à partir des camions citernes de livraison ou des wagons citernes transportant les produits chlorés à traiter. Fuites de substances chlorées et/ou incendie déclenchant la décomposition de ces produits chlorés.

Toxicité des substances organiques chlorées :

La voie de pénétration dans l’organisme est principalement la voie respiratoire, à un moindre degrés la voie cutanée et accidentellement la voie digestive. Ils sont alors soit éliminés sous forme inchangée dans l’air expiré, soit fixés dans les tissus ou métabolisés par le foie puis éliminés dans les selles, les urines ou l’air expiré. Les solvants ont une affinité pour les organes riches en graisse.

La toxicité aïgue dans le cas d'un accident /incident est décrite dans la littérature médicale :

Impact sur le système nerveux central :

  • Manifestations ébrio-narcotiques (sensation d’ivresse, vertiges, céphalées)
  • En cas d’exposition massive : anesthésie, somnolence, coma
  • Sulfure de carbone : « folie sulfo-carbonée » avec hallucinations visuels et auditifs
  • Syndrome d’intolérance aux odeurs chimiques

Impact cutané : peau et muqueuse :

  • Projection oculaire : conjonctivite irritative jusqu’à l’oedème de cornée
  • Projection cutanée : irritation, voir brûlure chimique
  • En cas d’une contamination cutanée étendue et prolongée : intoxication systémique possible

Impact sur les voies respiratoires :

  • L’irritation des voies aériennes (bouche, nez, pharynx, larynx) est l’effet le plus souvent rencontré
  • Toux, douleurs thoraciques immédiats ou retardés, voir OAP lésionnel
  • Il s’y ajoute l’effet caustique lors de la combustion des solvants chlorés tels que l’acide chlorhydrique et le phosgène.

L'équipe d'exploitation permanente prévue par l'industriel est très restreinte (20 personnes en 5x8) ne permet pas de mettre en place une équipe de pompiers internes capable de circonscrire ou de limiter l'ampleur d'un incident / accident industriel sur le site, ceci afin d'éviter que celui-ci prenne une ampleur catastrophique. Les toutes premières minutes sont essentielles et la rapidité d'intervention assurée par des pompiers internes au site professionnellement entrainés aux risques chimiques est une garantie supplémentaire.

Nous craignons aussi bien évidemment un effet domino sur l'ensemble de cette zone industrielle côtière très dense en sites classés Seveso.

Enfin, les émissions de l'incinérateur, même si faibles en polluants toxiques en régime de fonctionnement normal, s'ajouteront aux émissions déjà nombreuses de la zone Dunkerque-Loon-Plage-Gravelines. Ces émissions auront forcément un impact sanitaire sur les riverains du site projeté.

L'article L541-1 du code de l'environnement rappelle qu'en matière de traitement des déchets, il convient "d'organiser le transport des déchets et de le limiter en distance et en volume selon un principe de proximité". "Le principe de proximité mentionné au 4° consiste à assurer la prévention et la gestion des déchets de manière aussi proche que possible de leur lieu de production et permet de répondre aux enjeux environnementaux tout en contribuant au développement de filières professionnelles locales et pérennes." Or les résidus chlorés à traiter viendront semblent-ils de toute l'Europe du Nord avec des distances parcourues en train ou camion-citerne multipliant les risques d'accident avec ces substances hautement toxiques.

Nous considérons pour conclure que ce projet n'est pas satisfaisant en l'état, car il ajoute une vulnérabilité supplémentaire à toute la zone industrielle Dunkerque-Loon-Plage-Gravelines.

M.E.

Sources :

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