Le Réseau Environnement Santé HDF

Publié par M.E., M.C., A.L.

La région Hauts-de-France, en difficulté sociale, est également affligée des plus mauvais indicateurs de santé de la France métropolitaine, et cette discrimination à l’égard des autres territoires de l’Hexagone ne se réduit pas au fil des ans. Aux difficultés sociales, à l’alimentation malsaine, aux addictions s’ajoute un environnement dégradé par un passé industriel et de guerres, un urbanisme peu aéré et peu vert, pollué par la circulation routière, par des émissions liées au chauffage au bois ou au charbon et, un habitat souvent insalubre qui demeure à ce jour la source de graves préjudices.

Au-delà des Hauts-de-France, les connaissances scientifiques qui traduisent le changement sociologique et anthropologique qui afflige particulièrement notre région sont pourtant largement disponibles. Mais chacun dispose naturellement de sa propre représentation des priorités, et la difficulté pour chacun demeure de faire émerger sur l'Agora une parole audible, identifiable, légitime et crédible. Pour que cette diversité des approches représente un enrichissement collectif, et non un frein de l’action collective, nous avons besoin d’« articuler » : soigner l'expression de nos intentions et de nos priorités, s’entendre avec le voisin, le proche et qui ne pense pas toujours comme nous, débattre de nos représentations et mettre en commun les objets de nos préoccupations ainsi que nos actions.

Quelle mission pour le Réseau Environnement Santé (RES) ?

Dans cette région Hauts-de-France, le RES souhaite s’organiser avec d’autres associations ou personnes partenaires ou sympathisantes pour mieux sensibiliser les citoyens aux impacts de la dégradation de l’environnement sur la santé humaine, de telle sorte que cette question puisse faire l’objet de débats publics contradictoires et consistants. Il promeut la reconnaissance d’un domaine de l’action publique, celui de la santé environnement (ou santé environnementale) tel qu’il a été défini par l’OMS à Helsinki en 1994 : "La santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d'affecter la santé des générations actuelles et futures".

Comme tout commence par la connaissance (la vie, les grands équilibres de la biosphère, l’hygiène, la santé) à différents niveaux d’enseignement (école, collège, lycée, enseignement supérieur, formation continue), nous souhaitons agir en priorité avec les milieux éducatifs et les autorités de l'éducation nationale. Cette action se poursuit en apportant aux citoyens des moyens de discernement dans le traitement de l’information disponible, de reconnaissance des divers intérêts en présence (industriels, sociétés savantes, groupements d’intérêts, syndicats, médias, associations, etc.), d’identification des sources, causes, déterminants et responsabilités des situations rencontrées, à fin d’anticipation, de prévention, d’adaptation et de protection à l’égard de certains risques collectifs vitaux.

Notre approche s’efforce au respect de la complexité des situations, en tenant compte des multiples facteurs concourant à la préservation de la santé des personnes et des populations : héritages et ancrages familiaux, cultures et histoires régionales ou locales, appartenance et convictions, propagandes et médias, acteurs publics et intérêts catégoriels, institutions et dynamiques collectives. Nous nous pensons comme des médiateurs de connaissances et de pratiques sanitaires et citoyennes et proposons de prendre rang parmi les nombreuses associations actives comme nous-mêmes sur des enjeux d’intérêt collectif [1].

Premières thématiques

En cohérence avec la stratégie nationale du RES, nous proposons de nous mobiliser sur ce que respirent les populations régionales, l'air ambiant et l'air des intérieurs, sur ce qu'elles mangent du point de vue des qualités nutritionnelles et des équilibres alimentaires, sur ce qu’elles boivent et sur la pollution des milieux vivants par l’industrie héritée du XIXe siècle (particules, métaux lourds) et du XXe siècle (perchlorates, polluants organiques persistants, radionucléides), par l’agro-industrie (pesticides, nitrates, aluminium, plastifiants) ainsi que l’industrie du soin (résidus médicamenteux), ces données (concernant notamment l'eau distribuée aux ménages) demeurant largement inaccessibles aux citoyens[2].

Premiers modes d'action

En démocratie, les citoyens sont capables de lire, de comprendre, de s'interroger, de se protéger et de demander des comptes à ceux qui administrent, transforment l’environnement ou portent atteinte à l’intégrité des êtres présents ou des générations à venir. De ce point de vue, l’information communément disponible sur les déterminants de santé ainsi que sur les conséquences des activités humaines ne peut pas se limiter aux promesses des industriels ou aux paroles et synthèses officielles, ni même être contrôlée par les grandes institutions publiques, elles-mêmes trop souvent sous l’influence d’intérêts catégoriels. C’est pourquoi, en complément du rôle irremplaçable tenu par les médias indépendants, nous proposons la mise à disposition d’un outil d’ores et déjà disponible, le site www.vigieecolo.fr – un site dont la dénomination peut être réexaminée – comme canal d’expression d’un collectif d’associations et de citoyens mobilisés dans le champ de la santé environnement, sous la responsabilité d’un comité éditorial commun à ce collectif. Assurant le compte rendu de la conduite des actions, nous pensons devoir également y donner à penser : faire paraître des articles et documents pertinents (écritures originales ou traduction de travaux récents, développement d’outils et concepts utiles pour comprendre l’écologie, l’environnement, la santé) ainsi que des données de mesure ou d’investigation.

Dans cet esprit, le RES HDF propose de porter la parole des personnes physiques et associations agissant dans le champ de la santé environnement, dans une indépendance scrupuleuse à l’égard des groupes d'intérêts et d'influences : veiller, mesurer, informer, partager, mobiliser, agir et rendre compte.

 

Le 21 septembre 2017,

Pour la coordination du Réseau Environnement Santé en région Hauts-de-France,

Alfred Leclercq

Michel Eyraud

Michel Cucchi

 

 

N.B. Ce texte n'est pas figé et est destiné à évoluer dans les temps qui viennent....


[1] Parmi ces enjeux, nous proposons de repenser la planification stratégique à la française, empêtrée dans des lignes d’action pléthoriques (SCOT, PADD, DOO, PPA, SCRAE, PCET, PDU, PLH, PLU, PRS, PRSE, PRST, etc.), aux enjeux peu cohérents, aux objectifs irréalistes et peu incitatifs, aux moyens insuffisants, aux réalisations non évaluées.

Nous plaidons également pour une révision urgente de l’industrie du soin tenant lieu de système de santé, véritable fabrique de maladies chroniques où la médecine humaniste fait figure de passager clandestin : nous souhaitons en particulier plus de temps avec le patient, plus de complexité dans l’examen et la compréhension des situations cliniques, plus de travail en commun avec d'autres professions sanitaires, sociales, citoyennes, etc.  Pour en savoir plus sur nos convictions et propositions, lire le document émis à l'occasion des élections présidentielles 2017 par le Réseau Environnement Santé France "Une loi santé environnementale pour réussir la révolution de la santé"

[2] Sur ce dernier point, il faut mentionner le nécessaire effort de conversion de l’agriculture régionale, massivement productiviste, vers une agriculture biologique (agroécologie) pour aller bien au-delà du 1,2% de la surface agricole utile. Nos enfants pourront peut-être ainsi bénéficier d'une alimentation appropriée à leurs besoins de développement dans les cantines scolaires. Pour en savoir plus sur l'évolution de l'agriculture bio dans notre région, consulter notre page sur ce site

Que vous soyez professionnel de santé ou tout simplement, citoyen engagé pour faire évoluer la santé environnementale, rejoignez-nous en écrivant hdf.res(at)laposte.net

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :