Tchernobyl 1986, Fukushima 2011 et si on décidait enfin des solutions énergétiques après discernement éthique ?

Publié le par M.E.

Alors que les signaux inquiétants se multiplient sur l'état réel des centrales nucléaires (voir à ce sujet deux articles parus sur www.mediacités.fr,) au point que l'ASN, par l'intermédiaire de son président, a cru bon déclaré que "la situation en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection est préoccupante", voici le texte d'un appel rédigé en mai 2011, à l’initiative du GSIEN, et qui six années plus tard, reste toujours d'actualité. Il serait bon qu'à l'occasion des élections présidentielles, ces enjeux et demandes soient pris en compte.

 

A l'initiative du Réseau Sortir du Nucléaire, rassemblement Samedi 11 Mars sur la Grand Place de Lille - Place du Général de Gaulle à 15H.

 

NUCLEAIRE : APPEL PUBLIC DE SCIENTIFIQUES

AUX PARLEMENTAIRES ET RESPONSABLES POLITIQUES

Chère Collègue, Cher Collègue,

Aux lendemains du 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, et alors que se déroule sous nos yeux celle de Fukushima au Japon,

Alors que le Président de la République vient de réaffirmer, sans l’ombre d’un doute, sans la moindre interrogation, que la France devait poursuivre son programme nucléaire,

Alors que vient d’être publié le "Rapport spécial du GIEC sur les sources d'énergies renouvelables et atténuation du changement climatique", permettant d’entrevoir une politique énergétique conciliant lutte contre le changement climatique et sortie du nucléaire,

nous, premiers signataires, lançons cet appel et vous invitons à le signer et à le diffuser dans votre entourage.

Une fois recueillie une centaine de premiers signataires, cet appel sera rendu public et un site de recueil de nouveaux signataires sera mis en place si besoin.

Notre démarche ne vise pas à mettre la communauté scientifique sur un piédestal, à l’isoler de diverses initiatives citoyennes qui ont émergé. Bien au contraire, elle est une invitation à la communauté scientifique à prendre place dans celles-ci et à interagir avec celles-ci. En cela notre initiative d’appel est donc par nature à durée de vie limitée.

Cordiales salutations

 

« TECHNOLOGIE SANS CONSCIENCE N’EST QUE RUINE DE L’HUMANITÉ »

Femmes et hommes de sciences, nous ne pouvons rester muets suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. Vis à vis de la population et des générations futures, il en est de notre responsabilité, de notre devoir de scientifiques de prendre part aux légitimes débats citoyens qui se font jour et d’interpeller les décideurs politiques quant à leur responsabilité en matière de choix technologiques.

 

Les récents évènements catastrophiques survenus dans la centrale de Fukushima au Japon, après ceux de Three Mile Island aux USA en 1979 et de Tchernobyl en ex union Soviétique en 1986, nous rappellent, avec douleur, non seulement que le risque « zéro » n’existe pas en matière de technologie nucléaire, mais surtout que les conséquences de celle-ci en cas d’accident sont majeures tant sur le plan environnemental, que sanitaire ou économique.

 

Si ces conséquences dramatiques en mode dégradé (accidentel) suscitent émotion et compassion de chacun d’entre nous, cela ne saurait nous faire oublier celles résultant du fonctionnement des installations nucléaires en mode dit nominal (hors accident) :

Rejets d’effluents radioactifs gazeux et liquides, absence de solutions éprouvées à un coût économique acceptable pour le démantèlement des réacteurs en fin de vie, absence de solutions fiables à moyen et long terme pour la gestion des déchets, conditions d’exploitation du minerai d’uranium dans diverses parties du monde parfois peu respectueuses de l’environnement et des populations locales, caractère limité de la ressource en uranium et absence d’indépendance énergétique contrairement à ce qui est communément affirmé, risque de prolifération de l’armement nucléaire, recours croissant à la sous-traitance pour la maintenance des installations nucléaires dans des conditions précaires, coût économique global de la filière … constituent, pour ne citer que quelques unes, les interrogations légitimes que l’utilisation de cette technologie soulève.

 

Vous le comprendrez, tous les aspects évoqués ci-dessus, et bien d’autres encore, nous amènent une nouvelle fois à rompre le silence, à regretter cette fuite en avant dans la mise en oeuvre, ici en France et ailleurs dans le monde, d’une filière technologique qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse aux problèmes auxquels notre siècle est confronté (satisfaction des besoins en énergie de notre société, lutte contre le changement climatique ...)

 

Parce que l’énergie nucléaire a des conséquences significatives sur le plan environnemental, sanitaire, économique et social, un débat démocratique largement ouvert à toutes les parties de la société (responsables politiques, citoyens, scientifiques …) doit avoir lieu pour permettre la prise en compte de l’avis de l’ensemble de la société civile (referendum, conventions de citoyens …). Car aujourd’hui, et encore plus demain, ces questions légitiment l’urgence de ce débat.

 

Parce que les scientifiques signataires :

- ne veulent pas être pris comme caution du nucléaire, même à travers leur silence,

- sont prêts à mettre leur expertise au service d'un débat national qui, à la lumière des avantages, des risques et des dangers du nucléaire devrait déterminer la poursuite ou non de cette orientation technologique et politique,

Mesdames et Messieurs, nous concluons cette lettre en plagiant Emile Zola dans « J’accuse ».

Nous n’avons qu'une passion, celle de la Responsabilité, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Notre interpellation enflammée n'est que le cri de notre conscience. Qu'on ose donc nous qualifier de passéistes et d’anti-progrès et que le débat ait lieu au grand jour !

Nul ne pourra dire, nous n’avions pu savoir.

 

Les premiers signataires :

Monique SENE (Physicienne), Jacques TESTARD (biologiste), Marc DENIS (Physicien), Christian VELOT (biologiste), Abraham BEHAR (biophysicien), Jean Marie BROM (physicien), Dominique BERNARD (Physicien), Michel EYRAUD (Docteur en Sciences de gestion et ancien responsable sécurité-environnement et préventeur en risques technologiques), Jean GADREY (Professeur émérite d’économie), Francine COHEN BOULAKLA (biophysicienne), Raymond SENE (Physicien), Baudouin JURDANT (Professeur en Sciences de la communication et de l’information), Denise HEMMERDINGER ( Chercheure honoraire CNRS), Dominique LALANNE (Physicien), Christophe BARNES (Géophysicien), Xavier SARRAZIN (Physicien), Christine RICHTER (Physicienne), Karol HRICOVINI (Phycisien), Patrice RICHARD (Biologiste), Bernard LAPONCHE (Physicien), Laurent AUDOUIN (Physicien), Marie Dominique LOYE (Géologue).

 

Lire aussi : Après Fukushima : retour à un minimum d'éthique ou au "Business as Usual" ?
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/15/apres-fukushima-retour-a-un-minimum-d-ethique-ou-au-business-as-usual_1508039_3232.html

Publié dans Energie, Gouvernance, Nucléaire

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