Pollution de l’air dans la métropole lilloise : Stop ou encore ?

Publié le par M.E.

La pollution de l’air est la pointe visible de l’iceberg que constitue notre mode de civilisation dit  des "pays développés".

 

Un peu de philosophie politique :

Tout ce qui va être décrit est forcément un peu caricatural, mais nécessaire pour la pédagogie du propos :

- Nous siphonnons les ressources naturelles de la planète.

- Chaque de nos activités pollue l’environnement.

- Notre égocentrisme et notre individualisme sont flattés par nos élites et médias.

- Nous refusons de voir que cette façon de vivre n’est pas soutenable.

- Logique avec nous-mêmes, nous refusons de payer le prix des dégâts provoqués.

- Nos élus, nos responsables se gardent bien de nous sensibiliser, de nous alerter pour disent-ils, « ne pas faire peur à la population », en prenant celle-ci pour demeurée !

- Nous-mêmes, sommes peu nombreux à néanmoins chercher l’information pertinente, par manque de temps, de volonté ou par peur de la remise en question et du changement.

 

Quelques exemples de comportements quotidiens à éviter :

- Je prends ma voiture pour faire 500 m ou même 1 kilomètre.

- Je laisse tourner mon moteur (diesel si possible) à l’arrêt pour téléphoner ou attendre quelqu’un au chaud

- J’achète un gros 4x4 (pardon SUV) pour bien montrer mon statut social ; autre raison pour me protéger en cas d’accident quitte à écrabouiller l’autre véhicule en cas d’accident.

- Je réclame à la municipalité plus de places de parking, plus de voies sur les routes et autoroutes et au passage, je maudis ces « foutus pistes cyclables ».

 

Or les chiffres sont imparables :

- 48 000 morts prématurés par an en France dont 6 500 pour la région Hauts-de-France, dont 1 700 pour la métropole lilloise (MEL) et 2 500 pour l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai.

- 2 700 tonnes/an de particules PM10 émises par an et à peu près autant de particules plus fines type PM2.5 et 14 200 tonnes par an d’oxydes d’azote … Oui, vous avez bien lu !

En ce qui concerne les niveaux de pollution, les mesures d’ATMO Hauts-de-France nous indiquent que les concentrations moyennes journalières ont dépassés pendant 216 jours sur 365 la recommandation de l’OMS d’une concentration en particules fines PM2.5 à ne pas dépasser de 10 μg/m3. Et  c’est encore pire qu’en 2015 et 2014 où il y avait 195 jours avec des dépassements de la recommandation de l’OMS.

Quant aux conséquences sur le corps humain, elles sont multiples : Nous citons les chiffres concernant les particules fines (PM2.5) car ce sont celles-ci qui pénètrent le plus profondément dans les poumons, et au-delà, dans le sang et, par voie de conséquences, dans plusieurs organes du corps humain dont le cerveau par exemple. Elles peuvent agir au niveau fœtal et avoir des conséquences sur le développement du futur enfant.

L’INVS (l'Institut National de Veille Sanitaire) dans une étude parue en 2016 a chiffré ces coûts sanitaires à plus de 1,2 milliard d’Euros par an pour la métropole lilloise.

 

Dans les documents de planification stratégique à visée 2030, comme le SCOT de Lille Métropole de juin 2016, on ne trouve hélas ni objectifs de réduction chiffrés, ni moyens à mettre en œuvre et responsabilités identifiés. C’est le même propos qui s’applique d’ailleurs au PPA (plan de protection de l’atmosphère) de l’ex-région Nord-Pas-de-Calais de mars 2014.

 

Alors peut-on vraiment diminuer drastiquement la pollution de l’air ?

 

Les leviers d’action pour agir sur la pollution de l’air sont connus et mis en oeuvre dans beaucoup de grandes villes des pays européens voisins :

  • En premier lieu, pour les élus et autorités de l’Etat, prendre l’habitude de parler ouvertement, sans tabous de ce fléau sanitaire, dans le but d’abord de sensibiliser les habitants, de les mobiliser afin de changer les comportements individuels, et puis utiliser tous les moyens incitatifs qui pourraient déclencher des changements positifs (mode de déplacement, mode de chauffage, etc.). Faire comprendre la nécessité d’une rupture… On ne peut pas continuer ainsi !
  • Equiper les villes de panneaux lumineux d’information en temps réel sur la qualité de l’air avec des recommandations pratiques de précaution pour la population.
  • Changer les modes de déplacement dans les villes en privilégiant les modes doux et les transports en commun et en réduisant drastiquement l’espace public pour la voiture et, en freinant, les flux de transit (PL, VL). Et aussi, vignettes Crit’Air et circulation sélective (ZCR), péage urbain, pour les épisodes de forte pollution.

  • Freiner l’étalement urbain dans la métropole en sensibilisant les populations au coût total « transport-chauffage-énergie » ; ceux qui veulent échapper aux nuisances de la ville sont responsables d’un surcroît d’émissions de polluants dus aux trajets quotidiens domicile-travail ou domicile-commerces en voiture.

  • Inciter financièrement à la rénovation thermique de l’habitat : isolation et utilisation des sources d’énergie renouvelables non polluantes : solaire, géothermie… avec des systèmes d’appoint au gaz.

  • Eradiquer progressivement le chauffage au bois en foyer ouvert d’abord, puis dans les autres technologies dont les chaufferies biomasse sauf celles dotées de systèmes de captation des polluants atmosphériques très performants (PM2.5, PM10, NOx, dioxines, HAP, suies, SO2…)

  • Mesurer les progrès accomplis en continuant de mailler correctement le territoire avec des stations de mesure de qualité de l’air modernisées pour prendre en compte tous les polluants (particules fines et ultra fines, NOx, O3, HAP, suies,..).
  • Par mesure de prévention, déménager les installations d’incinération de déchets loin des villes et loin des zones agricoles tout en incitant la population à diminuer, d’année en année, les quantités de déchets non recyclables.

La Communauté Européenne dénonce régulièrement à juste titre l’inaction des autorités en France face au problème permanent de mauvaise qualité de l’air.

 

En conclusion, ce qui laisse pantois pour ne pas dire plus, c’est de constater l’absence de parole publique de personnes pourtant réputées « fortes en gueules » parmi les élus métropolitains et l’absence d’action vraiment efficace des autorités de l’Etat.

 

Il faut aussi en tirer des conséquences sur la gouvernance et l’art de planifier et de gérer les évolutions métropolitaines. Il faut vraiment rompre avec la logique de « silos » de spécialités dans les services de la métropole et articuler ensemble politique de déplacements, plan d’amélioration de la qualité de l’air et plan climat-énergie.

 

 

Pourtant il s’agit bien d’un problème de santé publique majeur. Il faudra bien consentir à parler à la population, à la sensibiliser à ce problème grave de santé humaine, et aux leviers d’action qui permettraient d’agir et de se sortir de cette impasse.

 

Si toutes les forces vives comprennent enfin cette situation non soutenable, alors faisons confiance à l’intelligence et au sens des responsabilités des citoyens et des responsables pour vous soutenir les autorités en charge du territoire métropolitain dans la prise de mesures courageuses et durables pour le bien commun.

 

M.E.

 

 

 

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